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L'Épopée des musiques noires

RFI

Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la...

Location:

Paris, France

Networks:

RFI

Description:

Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 22h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 18h30 vers l'Afrique lusophone, et à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU + 2 en grille d'été).

Language:

French


Episodes
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Les accents pédagogiques du Cully Jazz Festival

5/2/2026
Comment la musique peut-elle susciter un éveil, un engagement, une raison d’être ? Lors du 43ème Cully Jazz Festival en Suisse, plusieurs artistes ont souhaité délivrer un message citoyen porté par les valeurs éducatives de l’art. La chanteuse américaine Michelle David a livré une prestation devant des enfants de 4 à 12 ans. De son côté, la koriste gambienne Sona Jobarteh a insisté sur le développement psychologique utile des jeunes à travers la pratique d’un instrument. Nous étions sur place pour constater les efforts de tous ces bienveillants tuteurs. Les aléas d’un festival n’entament jamais l’enthousiasme des artistes à se produire devant un public attentif et chaleureux. Cela s’est particulièrement vérifié le 18 avril 2026 quand Michelle David, merveilleuse chanteuse de soul-music, parvint avec une bonne demi-heure de retard à Cully où l’attendaient patiemment quelques dizaines de bambins accompagnés de leurs parents. Ce rendez-vous en pleine après-midi suscita l’engouement de ces jeunes spectateurs peut-être exposés pour la première fois à une performance in vivo. Que retiendront-ils de ce moment de ferveur musicale ? Un vague souvenir ? Un sentiment d’excitation ? Des images gravées à jamais dans leur mémoire ? Il est certain que l’initiative proposée par le Cully Jazz Festival n’est pas vaine et portera ses fruits. Cette intention fort louable est aussi devenue le sacerdoce de Sona Jobarteh. Cette brillante instrumentiste et chanteuse gambienne consacre sa vie d’artiste à l’élévation spirituelle de la jeunesse. La musique a le pouvoir de mobiliser les consciences, de nourrir l’élan volontaire, de façonner l’esprit critique, de structurer la pensée. « Il faut que les jeunes parviennent à réfléchir différemment, il faut leur apporter notre expérience de la vie et qu’ils comprennent que penser par soi-même est possible. Cela concerne tous les continents pas seulement l’Afrique. Je constate tristement que les jeunes n’ont aucun intérêt pour l’histoire et ne peuvent donc pas inscrire leur pensée dans une compréhension de leur propre cheminement. En ne permettant pas à des jeunes de connaître leur histoire, vous entretenez l’ignorance et cela mène souvent au racisme. Votre état d’esprit est alors totalement pollué par une forme de ségrégation créée par votre manque d’éducation et de connaissance. La peur de l’autre peut mener à des drames irrémédiables. Quand on ne cherche pas à connaître la vérité et que l’on se convainc d’avoir raison, la violence n’est pas loin. Nous devons donc orienter l’esprit de nos jeunes dans la bonne direction. Quand je donne mes cours d’histoire, je ne mésestime pas la colère réprimée qui anime l’esprit de mes étudiants mais je préfère de loin qu’il l’exprime en classe plutôt que dans la rue car, dans cette enceinte scolaire, je peux les guider. Je peux leur expliquer que la meilleure façon de changer le monde n’est pas de tuer son ennemi mais de changer la manière dont les gens pensent. Cela peut se faire sans armes, juste avec des notes de musique ». (Sona Jobarteh au micro de Joe Farmer) Le concert que donna Sona Jobarteh à Cully, le 18 avril, fut l’occasion de rappeler aux spectateurs que l’éducation musicale est l’un des leviers efficaces de la transmission patrimoniale. Son fils Sidiki Jobarteh, élève de la « Gambia Academy », démontra à travers ses prouesses au balafon que les traditions ancestrales ne sont pas figées dans le passé, conservent un sens moral et une utilité sociale, sont d’une modernité trop souvent mésestimée. Les programmateurs du Cully Jazz Festival l’ont compris et ont été bien inspirés de convier toutes ces étoiles scintillantes à éclairer notre réflexion. ⇒ Cully Jazz Festival ⇒ Michelle David and The True Tones ⇒ Sona Jobarteh. Titres diffusés cette semaine : Brothers & Sisters par Michelle David (Live – Cully 2026)Mamamuso par Sona Jobarteh (Live – Cully 2026)Kambengwo par Sona Jobarteh (Feat. Youssou Ndour)Jarabi par Sona Jobarteh (Live – Cully 2026).

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Les accents afro-cubains du Cully Jazz Festival

4/25/2026
Depuis plus de 40 ans, le Cully Jazz Festival en Suisse promeut un multiculturalisme assumé. L’éclectisme de ce rendez-vous printanier au bord du Lac Léman ne s’est jamais démenti. Du 10 au 18 avril 2026, la 43ème édition n’a pas failli à la règle en accueillant des artistes de tous horizons, de Théo Croker à Fatoumata Diawara, de Michelle David à Anouar Brahem... Une inclinaison cubaine a notamment orienté nos micros et nos oreilles vers les prestations du duo Roberto Fonseca/Vincent Segal et du toujours surprenant Richard Bona. Si l’esprit des musiques afro-latines nourrit depuis toujours l’inspiration du bassiste Richard Bona, son album Heritage paru en 2016 en fut une patente confirmation. Depuis l’aventure « Mandekan-Cubano », il y a 10 ans, l’humeur caribéenne de ce virtuose absolu capte notre attention tant l’authenticité de ses interprétations laisse bouche bée. Le 17 avril 2026, sa présence scénique, son humour, ses éclectiques acrobaties vocales et instrumentales ont épaté le public suisse qui ne parvenait pas à le laisser quitter la scène après 90 minutes de plaisir indicible. Richard Bona virevolte dans des univers sonores qu’il maîtrise parfaitement. Il joue avec les spectateurs, entouré d’une équipe de jeunes loups fort talentueux venus des quatre coins de la planète, Madagascar, Italie, France… Du haut de son universalisme assumé, le maestro joue sans malice avec les intonations, les accents sonores, et parvient à unir une foule de curieux et de fans invétérés dans un élan de générosité manifeste. Richard Bona le dit lui-même : il s’ennuie vite ! Alors, pour déjouer la monotonie, il se lance des défis, multiplie les projets, les expériences, les audaces. Sous le grand chapiteau de Cully, sa ferveur était communicative et profondément sincère. Le lendemain, une proposition musicale plus intimiste ensorcelait les quelques dizaines de privilégiés venus assister, au Temple de Cully, à la prestation de deux incroyables instrumentistes. Là encore, l’intention œcuménique était évidente. Le violoniste français Vincent Segal et le pianiste cubain Roberto Fonseca présentaient le fruit savoureux de leur mélodieuse association. Là encore, le désir de faire tomber les barrières culturelles légitimait ce merveilleux dialogue porté par des notes sensibles et limpides. L’acoustique de ce lieu de recueillement invitait aussi à cet échange entre deux citoyens du monde. Qu’ils soient originellement issus de contrées, dont les traditions pourraient paraître lointaines, ne fut pas un frein à leur hardiesse rythmique et harmonique. Véritables puits de science musicologique, Vincent Segal et Roberto Fonseca n’ont pas d’œillères et savent idéalement créer des passerelles entre plusieurs idiomes hérités de leurs patrimoines ancestraux. Le répertoire de cette « Nuit Suisse à Cully » restituait magistralement la fameuse « Nuit Parisienne à La Havane », dernière production discographique d’un duo envoûtant acclamé à sa juste valeur. ⇒ Le Cully Jazz Festival ⇒ Le site de Richard Bona ⇒ Le site de Roberto Fonseca. Titres diffusés cette semaine : « Te Misea » par Richard Bona (Live à Cully 2026)« O Sen Sen Sen » par Richard Bona (Album : Live – Bona makes you sweat)« Rumbo a ti » par Vincent Segal & Roberto Fonseca (Album : Nuit parisienne à La Havane)« Soul Kiss » par Vincent Segal & Roberto Fonseca (Live à Cully 2026)« Nuit parisienne » par Vincent Segal & Roberto Fonseca (Album : Nuit parisienne à La Havane).

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L’aura de Prince résistera-t-elle à l’érosion du temps ?

4/18/2026
10 ans après sa disparition, le guitariste, chanteur, producteur, acteur, afro-américain, Prince Rogers Nelson, fascine toujours. Combien de temps encore ce trublion du funk, de la soul-music, du jazz, réussira-t-il à susciter l’engouement au-delà de la mort ? Les générations futures garderont-elles en mémoire ses œuvres, ses frasques, son génie créatif ? Ses contemporains peuvent témoigner mais est-ce suffisant pour entretenir la flamme ? À partir des années 80, Prince a régné sur toute la planète pop à coups de ritournelles minutieusement ciselées et toujours virtuoses. Certains airs sont devenus des tubes mais sont-ils intemporels ? « Purple Rain », par exemple, semble défier les effets dévastateurs d’une époque révolue mais que dire de l’ensemble du répertoire ? Les proches de l’artiste continuent, contre vents et marées, de défendre leur héros au risque de frôler l’idolâtrie. « Il existe peu de musiciens sur cette planète avec lesquels j'ai passé autant de temps qu'avec Prince. Je me contenterais donc de dire ceci… Pour moi, il n'y a eu qu'un seul Prince. Rendez-vous compte, il pouvait tenir un public en haleine pendant deux heures juste avec sa guitare et sa voix ou avec un piano seul. Je ne connais personne capable d'une telle performance. Tant que je n'aurais pas découvert un artiste à la hauteur de Prince, je continuerai à dire qu’il était le meilleur. Certes, certains musiciens sont capables de se produire en solo mais ont-ils le talent et la maestria d'un personnage comme Prince ? J'en doute… En tout cas, à ce jour, pour moi, il n'y a qu'un seul Prince ! ». (Larry Graham au micro de Joe Farmer en juin 2016) À quoi reconnaît-on un maestro ? Cette interrogation très délicate suppose une étude approfondie de la personnalité du créateur, de ses œuvres et de son héritage patrimonial. Morris Hayes a longtemps été le pianiste et colistier fidèle de Prince. Il a eu le loisir d’observer, de converser et de comprendre son illustre partenaire de scène et de studio. Son regard, bien que révérencieux, est nuancé par les années passées au sein du groupe « New Power Generation » : « La première fois que j’ai vu Prince sur scène, c’était à l’époque de « Purple Rain ». Lorsque j’ai eu le plaisir de le rencontrer, quelques années plus tard, j’ai découvert que Prince avait plusieurs visages. Le premier, c’était celui de « Purple Rain ». Le deuxième, c’était ce perfectionniste avec lequel j’ai eu la chance de répéter. Prince ne voulait faire aucune erreur. Il était intraitable avec ses musiciens et avec lui-même. Il considérait que les spectateurs devaient assister à un spectacle irréprochable. On répétait des journées entières, des nuits entières, pour que nous soyons des instrumentistes à la hauteur de ses espoirs. Il était donc un chef d’orchestre très exigeant. Un autre visage de Prince, c’était le bon camarade blagueur avec qui on pouvait jouer au basket, avec qui on pouvait bavarder pendant des heures. Il avait aussi un visage triste parfois. S’il était de mauvaise humeur ou contrarié, cela rejaillissait sur l’état d’esprit des autres musiciens. Et puis, il y avait le Prince bienveillant. Si vous aviez des problèmes, vous pouviez compter immédiatement sur lui. J’ai donc observé ses différents visages en silence. Chaque jour, je me disais : « Quel prince allons-nous découvrir aujourd’hui ? ». Si le Prince des mauvais jours arrivait en studio, je m’en rendais compte immédiatement et je prévenais les autres musiciens : « Les gars, il va falloir vous armer de patience aujourd’hui… ». (Morris Hayes sur RFI en juillet 2022) Quoi que l’on retienne de Prince, l’hommage sera toujours appuyé car la rectitude l’emportait sur l’attitude. Ce personnage, haut en couleurs, pouvait être imprévisible et mystérieux mais son exigence et sa rigueur ne souffraient aucune contestation. Disparu le 21 avril 2016 à 57 ans, Prince est entré dans la légende. Comme Miles Davis ou Jimi Hendrix, il a laissé une trace indélébile et ouvert un chemin. Qui...

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Cheikh Ibra Fam dans le tourbillon de la vie

4/11/2026
Autrefois, le chanteur Cheikh Ibra Fam circonvoluait dans l’univers du rap. Ses joutes verbales cadencées rythmaient son quotidien jusqu’à l’opportunité de participer à l’aventure d’une formation sénégalaise historique, l’Orchestra Baobab. Cette étape prestigieuse de son épopée le fit instantanément grandir. Il est aujourd’hui un artiste plus aguerri qui affine consciencieusement son répertoire et dévoile une musicalité ciselée. Adouna, son nouvel album, en est une preuve éclatante ! Pour parvenir à une véritable exigence artistique, Cheikh Ibra Fam dut apprendre à canaliser son énergie. La tempérance lui fut inculquée par ses aînés et, notamment, le regretté Balla Sidibé, pilier de l’Orchestra Baobab. Lors de prestations enflammées, le patriarche n’hésitait pas à corriger l’attitude de son jeune partenaire de scène pour que son interprétation mûrisse et le guide vers la sagesse. Progressivement, Cheikh Ibra Fam a apprivoisé le contrôle et la retenue. Adouna est certainement le fruit de ces années de perfectionnement accéléré. Notons, par ailleurs, que dans la maison familiale résonnaient les voix soul d'Otis Redding, Marvin Gaye, Aretha Franklin mais aussi les accents latins de l’Orquestra Aragón ou de Johnny Pacheco dont les disques rythmaient le quotidien du jeune chanteur en herbe. À cette époque, le répertoire de Bob Marley inspirait également de nombreux instrumentistes et il n’était pas rare que Coly Cissé, l’oncle de Cheikh Ibra Fam, sorte sa guitare acoustique pour revitaliser quelques standards historiques. Cet univers multiculturel nourrissait donc insidieusement l’esprit créatif du petit Cheikh Ibrahima Ousmane Fame. Les valeurs humaines que défend aujourd’hui ce brillant artiste sont servies par une tonalité pétrie de sources sonores maîtrisées et assumées. Installé sur l’île de La Réunion, Cheikh Ibra Fam continue d’explorer la richesse de contrées lointaines que son âme d’enfant n’aurait pas envisagée. Au contact du Maloya, l’une des formes d’expression matrices de l’océan Indien, il se réinvente et poursuit sa quête de diversité. Il avait d’ailleurs œuvré en 2024 avec la chanteuse Christine Salem pour la reconnaissance de la princesse Naïma, esclave affranchie dont la destinée au XVIIIè siècle narre les affres de l’oppression dans les terres australes. Qu’il est loin le temps où un fougueux jeune rappeur surnommé « Freestyle » se produisait dans les écoles du Sénégal dans l’espoir de se faire un nom. 20 ans ont passé et l’expérience a joué son rôle. Cheikh Ibra Fam a fait paraître deux albums, Peace in Africa et Adouna, s’est vu honoré d’un prix décerné par l’Académie Charles-Cros en France en 2023 pour sa chanson « Cosaan » et apprivoise désormais le saxophone. Cette évolution prodigieuse est la récompense d’un travail acharné qu’il n’a finalement pas négligé et lui apporte à présent la crédibilité à laquelle il aspire. ⇒ Le site de Cheikh Ibra Fam. Titres diffusés cette semaine : « Wahktane » par Cheikh Ibra Fam extrait de Adouna (Cumbancha music)« The future » par Cheikh Ibra Fam extrait de Peace in Africa (Cumbancha music)« Amoul Solo » par Cheikh Ibra Fam extrait de Adouna (Cumbancha Music)« Redemption Song » par Bob Marley extrait de Uprising (Island Records)« Oubil Sa Khol » par Cheikh Ibra Fam extrait de Adouna (Cumbancha music).

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La poésie cadencée de Sonny Troupé

4/4/2026
Depuis 15 ans, le batteur et percussionniste guadeloupéen Sonny Troupé façonne un univers sonore qu’il peaufine à chacune de ses brillantes apparitions scéniques et à travers ses fastueuses productions discographiques. Evy Danse reflète parfaitement cette intention artistique dont on perçoit désormais la signature. Dernier volet d’un triptyque entamé en 2013, cet album est un conte dont la poésie lyrique vous ensorcèlera. Insatiable rythmicien, Sonny Troupé a, de longue date, mis son talent au service de ses contemporains dont Lisa Simone ou le collectif « Black Lives », pour ne citer que ces deux exemples, mais son jeu est aussi l’écho d’une identité qu’il entend imprimer dans ses propres créations. Lorsqu’il fit paraître Voyages et Rêves, au début des années 2010, l’intention était déjà limpide : faire jaillir une culture ancestrale, celui du Gwoka, dans l’universalisme de la musique, hisser l’héritage patrimonial de ses aînés au-delà des limites ultramarines. En convoquant les voix de Bob Marley ou de Martin Luther King, sur ce premier disque, son espoir d’un monde débarrassé de préjugés, de discriminations, de chapelles culturelles, semblait guider son inspiration. Il confirma brillamment cette volonté farouche d’affirmer un idéal dans Reflets Denses en 2017. Cette deuxième audacieuse invitation à reconsidérer notre définition souvent réductrice de la créolité fut un coup de maître, porté par la frappe mélodieusement incisive d’un sage agitateur. Sonny Troupé, aguerri par des dizaines de prestations à travers la planète, augmentait son quartet d’invités prestigieux, deux saxophonistes émérites, Thomas Koenig et Raphaël Philibert. Que devions-nous comprendre alors ? Que nous disait-il ? Quelles interrogations devions-nous nous poser ? Il faut croire que cette subtile évocation de nos différences et de nos ressemblances continuait d’agiter l’esprit vif de notre trublion. 2026 marque la dernière étape de ce cheminement spirituel qui a mené Sonny Troupé jusqu’à ce désir irrépressible de louer la diversité et l’humanité en chacun de nous. Pourquoi devrions-nous résister aux tentations d’embrasser les traditions de contrées lointaines ? Pourquoi devrions-nous craindre la fusion métisse des mots et des notes ? L’unité est un si joli concept. Pourquoi résister à cette généreuse tentation qui pousse les instrumentistes à s’apprivoiser, se connaître et dialoguer ensemble dans une forme d’espéranto musical ? Sonny Troupé milite depuis longtemps pour que les modes d’expression, les rites et codes, trouvent l’harmonie. En invitant un quatuor à cordes à magnifier son propos, il invite l’auditeur à suivre l’histoire d‘Evy, tout au long d’une vie. Ce personnage-clé n’est peut-être pas qu’une allégorie de notre parcours de vie. À nous de déceler et de nous approprier le message de l’auteur dont le tempo multi-directionnel nous convie à la danse. Laissez-vous prendre par la main le 9 avril 2026 au Studio de l’Ermitage à Paris. ⇒ Le site de Sonny Troupé ⇒ Le site du Studio de l'Ermitage. Titres diffusés cette semaine : - « Limyè » par Sonny Troupé extrait de « Evy Danse » - « An Bwa Matouba » par Sonny Troupé extrait de « Evy Danse » - « San Mélé » par Sonny Troupé extrait de « Evy Danse » - « Vibes a Péyi là » par Jocelyn Ménard (Feat. Sonny Troupé) extrait de « Vibes a Péyi là » - « Evy Danse » par Sonny Troupé extrait de « Evy Danse »

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2026 : donnons «carte blanche» à Ray Lema

3/28/2026
Le 30 mars 2026, le célèbre pianiste congolais Ray Lema fêtera son 80è anniversaire ! À cette occasion, nous lui donnons « carte blanche » pour concocter le programme de son choix lors de cette émission spéciale. À quelques jours de son concert au Studio de l’Ermitage à Paris où il présentera Passion Congo, son nouvel album réalisé avec le concours d’une formation classique européenne, le maestro révélera une part de sa vérité à travers ses goûts musicaux toujours éclectiques. Au fil des décennies, Ray Lema a consciencieusement brouillé les pistes pour ne pas se laisser enfermer dans un genre, un idiome, un patrimoine. Sa jeunesse à Kinshasa l’a confronté à une myriade de couleurs sonores dont il se nourrissait sans envisager, alors, qu’elle lui apporterait l’inspiration nécessaire pour se distinguer de ses homologues. Les soubresauts de la vie d’artiste l’ont finalement conduit à se renouveler sans cesse. Le cheminement audacieux de cet universaliste convaincu a inscrit son nom parmi les grands créateurs de notre temps. En duo pianistique ou en grande formation symphonique, Ray Lema exige la rigueur et espère le partage. Passion Congo traduit cette ouverture d’esprit qui lui permet de jouer avec les codes culturels. La témérité avec laquelle le maître d’œuvre marie les différentes sources de son univers artistique est prodigieuse. L’intention est limpide : créer le dialogue entre les modes d’expression et narrer une épopée aussi riche que virtuose. L’ensemble « Partage », composé de six musiciens italiens, nuance la cadence, patine les harmonies européennes, éveille les saveurs africaines, tandis que le chef d’orchestre laisse parler son âme. À 80 ans, il est temps de suivre son instinct, semble-t-il nous confier… Le 3 avril 2026, au Studio de L’ermitage à Paris, nous pourrons savourer le fruit de son inventivité débridée et, peut-être aussi, lui souhaiter un merveilleux anniversaire. Les festivités auront débuté à notre micro à l’écoute de ses fulgurances musicales. Merci Ray Lema ! ⇒ Ray Lema Titres diffusés cette semaine : « Salsa Gombo » par Ray Lema et l’ensemble Partage« Aï Du » par Ali Farka Touré et Ry Cooder- Manic Depression » par Jeff Beck et Seal« Hysteria » par Ray Lema et l’ensemble Partage« Tailleur » Par Franco Luambo« Sonate au clair de lune » de Beethoven par Friedrich Gulda « Partage » par Ray Lema et l’ensemble Partage.

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Gino Sitson fête 30 ans de circonvolutions vocales !

3/21/2026
Acrobate de l’art vocal, Gino Sitson joue avec la musicalité des langues depuis le milieu des années 1990. Après trois décennies de créativité débridée, il prend le temps de se retourner sur le chemin parcouru à travers un livre intitulé « The colors in my head » et un disque nommé VoCe. Depuis son Cameroun natal jusqu’aux scènes américaines, l’épopée de cet artiste inspiré mérite d’être contée. Pas à pas, Gino Sitson a tracé sa route en ne se détournant jamais de ses convictions artistiques. Certes, cette intégrité farouche fut une épreuve d’endurance dans un monde musical où la facilité l’emporte souvent sur l’exigence et la ténacité mais, depuis 1996, les intonations vocales de cet interprète singulier ont résonné dans notre oreille au point d’y imprimer des ritournelles fameuses comme « Makalapati » ou « Suite for John ». Au-delà de cet indéniable talent mélodieux, Gino Sitson a toujours montré un goût pour les croisements culturels. Ces dernières années, les Caraïbes l’ont passionné et, plus précisément, le Gwoka de Guadeloupe. Cette propension à s’immerger dans les idiomes de ses contemporains n’est pas feinte. Son ouverture d’esprit le pousse irrémédiablement à étudier, analyser, comprendre les modes de communication. Sa science musicologique nourrit ses différents ouvrages mais aussi son irrésistible expressivité. Cet insatiable chercheur est curieux de tout. Après avoir apprivoisé quelques accents autochtones, il lui fallait tendre la main à une culture académique tout aussi riche et passionnante. La musique classique est un art à part entière qui requiert beaucoup de maîtrise et de précision. Indécrottable universaliste, Gino Sitson ne pouvait se soustraire à ce vocabulaire harmonieux dont son répertoire se délecte depuis plusieurs années. VoiStrings, Echo Chamber et aujourd’hui VoCe font appel à la symphonie des cordes, des violons et des violoncelles. Cette approche généreuse d’un vaste patrimoine a magnifié les œuvres de cet interprète dont l’imprévisible lyrisme nous enchante depuis 30 ans. Gino Sitson pourrait s’enorgueillir d’avoir créé un idiolecte mais il préfère conserver son statut d’éternel étudiant et, sans fanfaronner, transmettre son savoir à travers la pédagogie spectaculaire de ses prestations. VoCe est certainement le plus éclatant reflet de sa personnalité plurielle et pluridisciplinaire. Ce disque, pétri de sources multicolores (africaines, cubaines, européennes), fera date et accompagnera avec pertinence votre découverte du livre biographique « The colors in my head », bref survol d’une destinée qui n’est pas écrite… Elle est chantée ! ⇒ Le site de Gino Sitson. Titres diffusés cette semaine : « Boh » par Gino Sitson extrait de VoCe« Makalapati » par Gino Sitson extrait de Vocal Deliria« Dibombari » par Gino Sitson extrait de VoCe« Suite for John » par Gino Sitson extrait de VoiStrings« Vox » par Gino Sitson extrait de VoCe.

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Olivier Hutman et Lamine Cissokho s’accordent

3/14/2026
Lorsqu’ils firent paraître Double Skyline en 2023, le pianiste français Olivier Hutman et le koriste sénégalais Lamine Cissokho ne pouvaient imaginer à quel point la lumineuse unité de leurs cordes allait susciter un tel engouement. Trois ans plus tard, l’irrésistible envie de poursuivre cette aventure sensible et délicate ravive le frisson. The following, comme son nom l’indique, est un second souffle de vie, inspirant et revigorant. Laissons cette musique nous envelopper et notre esprit vagabonder… Conjuguer deux vocabulaires, deux identités culturelles, deux visions artistiques du XXIè siècle, est toujours un défi. Pour apprivoiser les codes et traditions de son interlocuteur, le langage universel de la musique est une bonne clé de compréhension instantanée mais elle est parfois incomplète. Il est souvent nécessaire de se plonger dans l’histoire autochtone des peuples pour en déceler l’expressivité. Olivier Hutman se passionne depuis 50 ans pour les modes de communication afro-planétaires. Ses études de jeunesse en ethnomusicologie l’ont poussé à approfondir, par exemple, ses connaissances des musiques urbaines ghanéennes. Son mémoire de maîtrise intitulé « Musiques Noires, acculturation et rupture – Negro-africanisme et afro-américanisme » a certainement nourri sa réflexion sur les enjeux de transmission et de partage du savoir. Pour autant, se confronter directement aux réalités sociales de la diaspora africaine dans le monde est une exigence. Il paraissait finalement logique qu’il entame un dialogue mélodieux avec son homologue Lamine Cissokho. Virtuose de la Kora, Lamine Cissokho est un griot dont le devoir est justement de porter le message de ses aînés à travers le temps. Il fait don de sa personne pour susciter les rencontres et ouvrir l’esprit de ses contemporains. Qu’il se produise avec la formidable chanteuse et danseuse guinéenne Fanta Yayo, avec le maître de la slide guitare indienne Manish Pingle ou avec le merveilleux balafoniste ivoirien Aly Keita, son rôle de passeur est le même et lui impose une véritable constance dans le respect de chaque individualité. Le lyrisme de son duo avec Olivier Hutman est un manifeste délicat pour une entente cordiale et sincère à l’échelle planétaire. Il ne manquait que la poésie subtile d’un invité de marque, le génial bluesman Eric Bibb, pour sublimer cet élan de générosité harmonieuse. Après les concerts des 13 et 14 mars 2026 à Paris au Sunside, nul doute que l’aventure commune de messieurs Hutman et Cissokho se poursuivra sur les routes internationales tant leur propos est limpide, utile et essentiel. ⇒ Olivier Hutman ⇒ Lamine Cissokho ⇒ Les éditions Frémeaux. Titres diffusés cette semaine : - « Streets of Dakar » par Lamine Cissokho et Olivier Hutman extrait de The Following - « Folon » par Lamine Cissokho et Olivier Hutman extrait de Double Skyline - « Rocking Chair » par Lamine Cissokho, Olivier Hutman et Eric Bibb extrait de The Following - « Simaya » par Lamine Cissokho et Olivier Hutman extrait de The Following.

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Ali Farka Touré, 20 ans après…

3/7/2026
Le 7 mars 2006, Ali Farka Touré disparaissait à l’âge de 66 ans. Quelle empreinte culturelle a-t-il laissée à la postérité ? Son aura nourrit-elle toujours la créativité de ses héritiers ? Depuis Niafunke au Mali, le célèbre guitariste avait défendu et bâti tout au long de sa vie un patrimoine révéré par nombre de ses contemporains. De Ry Cooper à Martin Scorsese, de Taj Mahal à Toumani Diabaté, de Corey Harris à Lobi Traoré, les louanges n’ont jamais cessé. Retour sur une épopée majestueusement blues. Ali Farka Touré avait réussi à donner de l’éclat à une culture ancestrale que ses nombreux disques exposaient aux oreilles d’auditeurs attentifs, curieux et ouverts aux matrices musicales africaines. Ali Farka Touré fut un pionnier, l’ambassadeur d’un blues enraciné dans le terreau originel du Sahel. Symbole universel d’un patrimoine sonore ouest-africain, sa prestance et son rôle dans la diffusion d’un héritage séculaire sont indéniables. Son fils, Vieux Farka Touré, a aujourd’hui la lourde responsabilité de porter à bout de bras le message et le discours de son illustre aîné. L’album Les Racines, qu’il fit paraître en 2002, fut sa contribution à la préservation d’un son immédiatement identifiable. Le répertoire d’Ali Farka Touré est, sans nul doute, devenu intemporel et parfaitement adapté à notre XXIè siècle. Lorsqu’il participa à l’album Talkin’ Timbuktu, en 1994 aux côtés du guitariste américain Ry Cooder, les amateurs de blues eurent le sentiment de découvrir l’un des leurs. Pourtant, même s’il écoutait le blues américain, Ali Farka Touré ne se voyait pas bluesman. On peut cependant trouver des liens entre les traditions musicales africaines et américaines. Longtemps, on a comparé le jeu d’Ali Farka Touré à celui de son homologue américain John Lee Hooker. Qui s’inspirait de l’autre ? Il est clair que le blues est originellement l’émanation d’un idiome culturel africain transporté outre-Atlantique durant des siècles d’esclavage. Ce que jouait John Lee Hooker était un écho d’un lointain passé africain. Ali Farka Touré était le gardien des traditions et même si sa texture sonore ressemblait au blues, elle restait profondément attachée à la terre de ses ancêtres. L’un des témoignages vibrants du lien invisible mais palpable qui existe entre les continents africain et américain fut le fameux film de Martin Scorsese, « From Mali to Mississippi », qui suit le périple du bluesman Corey Harris en Afrique de l’Ouest et, notamment au Mali, où il rencontre le patriarche Ali Farka Touré. Ce documentaire passionnant, sorti en 2003 dans la série « The Blues », permit aussi l’enregistrement d’un album de Corey Harris en présence de son héros Ali Farka Touré. Corey Harris reconnaissait volontiers avoir éprouvé beaucoup d’émotion en présence d’une légende. « J’avais beaucoup plus à apprendre de lui que lui de moi, tout simplement, parce qu’il était mon aîné et je respecte cela au plus haut point. C’est grâce à lui que j’ai progressé et que j’ai acquis une certaine crédibilité sur le continent africain. Ce n’était pas mon but au départ mais, par la suite, lorsque je me rendais au Mali et que je croisais Djelimady Tounkara, Salif Keita, Cheick Hamala Diabaté, Abdoulaye Diabaté, ils m’accueillaient sincèrement car ils me connaissaient grâce à Ali Farka Touré. Ses contemporains me respectaient. Il y avait un lien fort entre nous ». (Corey Harris au micro de Joe Farmer) Comparer le blues américain et les tonalités songhaï ou tamasheq nourrit un interminable débat. Notons seulement que l’influence culturelle d’Ali Farka Touré sur les artistes d’aujourd’hui est incontestable. La musique du guitariste et chanteur Cédric Burnside rappelle, à son grand étonnement, les intonations d’Ali Farka Touré. « L’un de mes bons amis est originaire de Gambie. Dans sa discothèque, j’ai découvert un disque d’Ali Farka Touré. Je n’avais jamais entendu parler du personnage. De toute façon, je n’écoutais pas vraiment de musique africaine. Avant même qu’il ne...

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Eric Bibb, à la source du blues libérateur

2/28/2026
Au fil des années, on a connu Eric Bibb conteur, penseur, brillant orateur. Avec One Mississippi, il ajoute à cette palette de qualités humaines, un élan bienfaiteur irrépressible. Irrité par les turbulences mondiales, il fait un constat : le blues ancestral peut apporter réconfort et confiance. La musique guérit et apaise nos maux. Filleul du regretté Paul Robeson, célèbre activiste afro-américain disparu il y a 50 ans, il a en lui cette verve profondément humaniste héritée de ses aînés. En août 2026, Eric Bibb aura 75 ans ! Son expérience et son vécu ont forgé ses convictions. Le doux timbre de sa voix et le choix toujours pesé de ses mots le hissent au rang des sages que l’on écoute. Conscient des dangers qui nous guettent si la modération ne l’emporte pas, il œuvre pour que notre esprit s’échappe des turpitudes quotidiennes et ne glisse pas vers un pessimisme mortifère. Alors, sa guitare à la main, il délivre un message d’espoir et de tempérance. Eric Bibb n’est pourtant pas un ingénu, il sait combien la géopolitique de ce XXIè siècle décide de notre avenir. Il sait que les choix politiques passés et présents conditionnent notre réflexion. Comme nombre de bluesmen avant lui, il manie le verbe pour indiquer une voie et susciter le débat. Autrefois, ses aïeux luttaient pour se faire entendre. Hurler son mal-être pouvait être dangereux face à l’intransigeance d’une Amérique embourbée dans un conservatisme violent et profondément injuste. Il fallait jouer des coudes et trouver la parade pour déjouer les pièges d’une société raciste. Les chansons des artistes afro-américains portaient un sens caché que la communauté noire savait déceler. Aujourd’hui, Eric Bibb fait de même. Il nous invite à écouter attentivement ses propos et à décoder sa verve généreuse. « Muddy Waters », par exemple, n’est pas seulement une ode au célèbre pionnier du Chicago Blues électrique. « Muddy Waters » évoque également les eaux boueuses dans lesquelles son pays d’origine s’est noyé jadis en pariant sur l’autoritarisme. Les États-Unis d’aujourd’hui suivent-ils cette même dérive ? Eric Bibb semble en être convaincu. « This one don’t » est une autre mélodie dont il faut savoir entendre l’intention. Le rythme soutenu et l’humeur légère de cette mélopée ne masquent pas complètement le discours de son auteur qui fait état de l’extrême polarisation du système politique américain actuel. Faire un pas à droite, puis un pas à gauche, n’est pas une simple leçon de danse. C’est un constat saisissant de l’antagonisme des idéologies au cœur du pouvoir américain en 2026. Et si chacun faisait un pas vers l’autre ? C’est le vœu de tout citoyen animé par la concorde et le partage. Ces valeurs humaines, que personne ne devrait pouvoir contester, guident depuis plus de 50 ans l’inspiration d’Eric Bibb. Sa prestation le 20 février 2026 au New Morning à Paris en fut une belle démonstration. ⇒ Le site d'Eric Bibb. Titres diffusés cette semaine : - « Change » par Eric Bibb extrait de « One Mississippi » - « We got to find a way » par Eric Bibb extrait de « One Mississippi » - « Flood Water » par Olivier Hutman et Lamine Cissokho (feat. Eric Bibb) extrait de « The Following » - « This one don’t » par Eric Bibb extrait de « One Mississippi ».

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Kenny Barron fait chanter son piano

2/21/2026
À 82 ans, l’illustre Kenny Barron réalise un rêve : accueillir les plus belles voix d’aujourd’hui sur ses propres compositions. Pour l’occasion, le maestro a souhaité réunir des tonalités originales et des textures vocales adaptées à son répertoire. Kurt Elling, Tyreek McDole, Cécile McLorin Salvant, Ekep Nkwelle, Catherine Russell, entre autres, ont relevé le défi et magnifié l’album Songbook du génial pianiste. Il nous en parle avec passion et générosité… Accompagner les meilleurs interprètes du jazz n’est pas vraiment une nouveauté pour Kenny Barron qui, de longue date, a mis son talent au service de personnalités comme Chet Baker ou Ella Fitzgerald. Toujours à l’écoute de son environnement sonore, ce merveilleux instrumentiste a épousé avec goût et délicatesse les évolutions stylistiques de ses contemporains. Déjà en 1964, aux côtés du trompettiste Dizzy Gillespie, il virevoltait sur les accents bossa nova en vogue à l’époque. Né en 1943 à Philadelphie, Kenny Barron fait partie d’une génération qui a connu les pionniers, les a observés et s’en est inspiré. Ses héros s’appelaient Tommy Flanagan et Thelonious Monk dont les ornementations swing diamétralement opposées le fascinaient. Toujours prompt à tenter des expériences, Kenny Barron n’a jamais hésité à confronter son jeu à celui d’autres virtuoses aguerris. C’est ainsi qu’en 1990, il partit en tournée avec 9 autres pianistes de renommée internationale dont Hank Jones, John Lewis, Cedar Walton, entre autres. Cette série de concerts nommée « 100 Golden Fingers » fut l’un de ses meilleurs souvenirs car il était le plus jeune de l’orchestre et partageait la scène avec ses mentors. Une telle aventure musicale jubilatoire est à l’image de Kenny Barron, un artiste ouvert, attentif, d’une rare humilité, un « éternel étudiant », comme il aime à le répéter. L’audace de la nouveauté ne l’effraie pas. N’avait-il pas choisi de dialoguer en 1996 avec le percussionniste Mino Cinelu sur l’album Swamp Sally ? Ne s’était-il pas plongé dans les rythmes du Brésil avec le Trio Da Paz en 2002 ? N’avait-il pas enregistré en 2022 un album solo au théâtre de l’athénée à Paris ? Kenny Barron aime les challenges et les relève souvent haut la main. Le « Songbook » qu’il dévoile aujourd’hui lui permet d’explorer les différentes cultures musicales héritées de « L’épopée des Musiques Noires », le calypso, le blues, le jazz, avec une maîtrise indiscutable et un élan mélodique unique. Kenny Barron est un artisan précieux qui a su modeler si précisément son expressivité qu’elle en devient son empreinte. Son dernier concert au Théâtre du Châtelet à Paris, le 09 février 2026, en fut une lumineuse démonstration. ⇒ Le site de Kenny Barron. Titres diffusés cette semaine : - « Cook’s Bay » par Kenny Barron (Feat. Ann Hampton Callaway) - « Calypso » par Kenny Barron (Feat. Tyreek McDole) - « Fiesta Mojo » par Dizzy Gillespie (Feat. Kenny Barron) - « Minor Blues Redux » par Kenny Barron (Feat. Catherine Russell).

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Hommage à Ebo Taylor

2/14/2026
Le 7 février 2026, un mois seulement après avoir fêté son 90ème anniversaire, le chanteur, guitariste, chef d’orchestre et compositeur ghanéen, Ebo Taylor nous quittait à jamais livrant à la postérité un patrimoine musical inestimable. Considéré comme l’un des pères fondateurs du Highlife moderne, ce brillant instrumentiste fut un esprit futé qui comprit assez rapidement combien l’apport d’autres formes d’expression pouvait nourrir son inspiration et sa musicalité. Né à Cape Coast au Ghana, le 7 janvier 1936, Ebo Taylor vit ses années de jeunesse sous domination britannique, mais cette proximité avec la culture anglo-saxonne a une vertu. Elle lui facilite les voyages vers l’Europe à travers des échanges scolaires propices à l’enseignement musical. Cette opportunité de peaufiner ses connaissances stylistiques lui ouvre les oreilles. La musique classique européenne, le jazz américain, les rythmes caribéens, font une entrée fracassante dans son univers sonore et inclinent ses élans créatifs vers une fusion multicolore assumée. Au même moment, son futur alter ego nigérian, Fela Anikulapo Kuti, remet également en question les traditions ancestrales et se tournent à son tour vers un swing novateur. L’afrobeat est en gestation. Nos deux compères apprennent simultanément à mâtiner leur idiome naturel de rythmes et d’harmonies suffisamment riches et inattendues pour faire évoluer leur identité artistique. Le Highlife et l’Afrobeat se ressemblent mais ces deux vocabulaires spécifiques traduisent des destinées, des épopées, des histoires sociales inhérentes à chaque peuple. Ebo Taylor attachait de l’importance à ce poids patrimonial massif qui définit une communauté, et s’il jouait malicieusement avec les codes de la musique traditionnelle ghanéenne, il en respectait les racines. Il n’était d’ailleurs pas rare qu’il mentionne l’un de ses mentors, Jacob Sam, instigateur du Highlife originel, comme pour réaffirmer son appartenance à une lignée de musiciens valeureux et authentiques. Certes, il citait également Charlie Parker, Cole Porter, Hoagy Carmichael, George Gershwin, Johannes Brahms et Piotr Ilitch Tchaikovsky, parmi ses compositeurs préférés, mais il revenait toujours à l’essence de l’ethnie Fanti dont les rites l’habitaient toujours. Ebo Taylor a bousculé les normes et fait jaillir une nouvelle manière de modeler le Highlife de ses aînés. Il a relevé le défi insensé de s’inscrire dans son temps sans trahir l’âme des pionniers. Il est juste regrettable que son aura n’ait jamais atteint l’universalité à laquelle il pouvait prétendre. Les tentatives du label Strut Records de le replacer dans le feu des projecteurs furent, certes, fort utiles mais tellement éphémères. Son nom réapparut, au début des années 2010, et suscita la curiosité d’une nouvelle génération d’auditeurs dont la mission sera désormais de perpétuer son message et de préserver son œuvre. Titres diffusés cette semaine : - « Kruman Dey » par Ebo Taylor (2012) - « Parker’s Mood » par Charlie Parker (1948) - « Fingerpickin’ » par Wes Montgomery (1958) - « Heaven » par Ebo Taylor (1977) - « Appia Kwa Bridge » par Ebo Taylor (2012).

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Quincy Jones : les films de sa vie

2/7/2026
Il ne fallait pas moins de 20 CDs pour honorer la mémoire du regretté producteur, compositeur, arrangeur et trompettiste afro-américain Quincy Jones, disparu le 3 novembre 2024 à 91 ans. L’anthologie qui paraît aujourd’hui ne s’arrête pas seulement sur les œuvres les plus connues de l’artiste. Elle met l’accent sur certaines facettes du personnage trop souvent omises des rétrospectives et, notamment, sa passion pour le cinéma et, singulièrement, les musiques de films. Stéphane Lerouge, concepteur du coffret « The Legacy of Quincy Jones – 1951/2023 » nous en dit plus. Qu’avons-nous retenu de la lumineuse destinée de Quincy Jones ? Le réflexe serait de mentionner immédiatement ses collaborations fructueuses avec Michael Jackson. Cette partie émergée de l’iceberg cache certainement d’autres trésors musicaux inestimables. De sa première prestation en qualité de trompettiste en 1951 dans l’orchestre de Lionel Hampton à sa dernière session de studio en 2023 pour diriger l’enregistrement du thème générique de la série « Peter Gunn », 70 ans se sont écoulés et le patrimoine artistique légué par ce grand personnage se délecte sans modération. En suivant l’ordre chronologique des œuvres de Quincy Jones, on note instantanément l’évolution progressive d’un homme pressé d’apprendre, de se perfectionner, de faire tomber les barrières raciales et culturelles, de dépasser les limites imposées par l’esprit étriqué d’une société américaine trop conservatrice. Son choix de suivre les conseils de la grande pédagogue, Nadia Boulanger, à la fin des années 50, lui révèle des perspectives d’avenir insoupçonnées. Qu’il crée son propre Big Band, qu’il signe les arrangements de nombreuses productions cinématographiques, qu’il produise les albums de ses compagnons de route, l’exigence est la même. Quincy Jones ne veut pas être un compositeur afro-américain de plus dans l’industrie discographique, il veut faire oublier sa couleur de peau et imposer son statut de créateur capable de maîtriser avec le même enthousiasme différents langages harmoniques et rythmiques, le répertoire classique européen comme l’héritage du blues ancestral. Il est un citoyen attentif aux métamorphoses sociales de son temps et flaire assez vite les potentiels soubresauts de son environnement sonore. Si le swing nourrit toutes ses fulgurances stylistiques, d’autres sources d’inspiration guident ses pas. Il devient ainsi un personnage incontournable capable de devancer les attentes de ses interlocuteurs. « The Legacy of Quincy Jones – 1951/2023 » révèle la maestria multidisciplinaire d’un artisan fascinant. ⇒ Quincy Jones. Titres diffusés cette semaine : - « Soul Bossa Nova » - Quincy Jones (1962) - « Kingfish » - Lionel Hampton Orchestra (Featuring Quincy Jones) (1951) - « In the Heat of the Night » - Ray Charles (1967) - « Miss Celie’s Blues » - Tata Vega (1985).

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Le Gangbé Brass Band relie les deux rives de l’Atlantique

1/31/2026
Le Gangbé Brass Band veille vaillamment depuis 35 ans à restituer le message des pionniers africains partis, souvent contre leur gré, vers les Amériques. From Ouidah to Another World ne raconte pas seulement la lente et douloureuse traversée transatlantique d’hommes et de femmes asservis pendant des siècles, mais aussi l’apport progressif de traditions, de rites, de codes, dont l’élan multiculturel a modifié le cours de l’histoire. Narrer une aventure humaine tragique ne doit pas seulement être l’addition de commentaires nourris de sentiments victimaires. Il est plus constructif de tirer les enseignements d’un drame humain et de tendre la main dans un esprit de concorde et d’apaisement. C’est l’intention d’Athanase Obed Dehoumon, pilier du Gangbé Brass Band, dont la générosité de cœur l’invite à regarder le présent avec acuité et l’avenir avec espoir. Il n’est pas naïf, il sait que l’enjeu est de taille dans un monde toujours agité par des guerres et confrontations insensées, mais il veut croire en la bonté humaine et encourage la tempérance et l’écoute. Pour cela, il s’est entouré de ses fidèles compagnons du Gangbé Brass Band, mais a aussi fait appel à quelques invités de marque, le guitariste Lionel Loueke et la chanteuse Angélique Kidjo, notamment. Musicalement, la flamme afrobeat du Gangbé n’a pas vacillé. Il faut dire que cette matrice sonore repose sur une connaissance parfaite de cet idiome musical façonné par le regretté « Black President », Fela Anikulapo Kuti, dont Athanase et ses comparses se réclament en toute humilité. Ils ont d’ailleurs maintes fois côtoyé la famille Kuti, joué avec le fils Femi Kuti, fréquenté le Shrine à Lagos et salué la mémoire de leur illustre aîné. Pour autant, il serait injuste de réduire la tonalité de cette imposante formation cuivrée à cette seule humeur musicale nigériane. Le Gangbé puise sa force expressive d’autres sources d’inspiration. Le jazz américain et les rythmes caribéens dessinent les contours d’une créolité assumée. Cette richesse harmonique sied divinement à ces instrumentistes virtuoses qui louent incessamment les vertus du dialogue. Si la complainte du blues n’est jamais éludée, elle ne décide pas, seule, de l’intention artistique du répertoire. Athanase Obed Dehoumon et ses acolytes font scintiller les mille et une nuances stylistiques des patrimoines afro-planétaires. De « La porte du grand retour » à « La complainte pour un déporté », de « Vignon » à « Ouidah Spiritual », toutes les émotions nous étreignent et éveillent en nous cette petite lueur résiliente qui défie l’inéluctable. Le Gangbé Brass Band se produira le 5 février 2026 au New Morning à Paris dans le cadre du festival « Au fil des voix ». ⇒ Gangbé Brass Band sur Media Nocte ⇒ Gangbé Brass Band au New Morning. Titres diffusés cette semaine : « Ayé » (Featuring Angelique Kidjo) par le Gangbé Brass Band« Complainte pour un déporté » par le Gangbé Brass Band« Vignon » par le Gangbé Brass Band« Remember Fela » par le Gangbé Brass Band.

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Grant Haua et David Noël, deux «Super Soul Brothers»

1/24/2026
La distance géographique n’interdit pas la complicité artistique. Grant Haua est néo-zélandais. David Noël est béarnais. Tous deux revendiquent une culture profondément enracinée dans un territoire qu’ils chérissent. À vingt mille kilomètres l’un de l’autre, ils sont parvenus à s’entendre à travers une lecture musicale commune pétrie de blues, de soul, de folk. Two Roots est le fruit de cet échange productif très inspiré. Au-delà de leur passion commune pour les musiques africaines-américaines, Grant Haua et David Noël partagent une vision altruiste du monde, respectueuse des identités culturelles autochtones. Ils ont conscience que leur dialogue ne peut avoir lieu que par la volonté farouche de se comprendre et de s’accepter. Cet effort-là n’en fut finalement pas un car, curieusement, leurs terres d’origine se ressemblent. Les paysages néo-zélandais et béarnais sont semblables. La faune et la flore paraissent issues du même terreau. Ce seul constat les a rapprochés et une camaraderie sincère a scellé leur union musicale transcontinentale. En s’apprivoisant l’un l’autre, il se sont découvert des points communs qui dépassent le simple projet discographique. La musique est un langage universel qui permet de transmettre des messages clairs à un public très vaste. Alors que la planète vit de plus en plus violemment les dérèglements climatiques, interroger le public sur ses choix est une exigence que nos deux compères entendent bien porter à travers leurs œuvres. « Ce message se retrouve d’ailleurs dans « What have we done », l’une de mes chansons préférées de l’album. Un titre comme celui-ci permet aux gens de réfléchir à leur rôle individuel et collectif. Ce n’est finalement qu’une petite piqûre de rappel pour que chacun d’entre nous se sente concerné par les évolutions du monde. C’est une manière de dire qu’il faut se mettre à la place de ses contemporains et essayer de les comprendre. Ce n’est pas qu’une question environnementale, c’est savoir être à l’écoute de son prochain. Une chanson comme « What have we done » a une valeur sociale qu’il ne faut pas éluder. Il suffit ensuite d’y ajouter quelques arrangements musicaux bien sentis et un riff de guitare ici où là, et le tour est joué ! ». (Grant Haua au micro de Joe Farmer) L’art, et a fortiori la musique, ne peuvent se soustraire à l’intention politique ou à l’engagement citoyen. Le blues qui transpire dans le répertoire de messieurs Haua et Noël fut, et reste un vecteur de transmission idoine pour alerter, dénoncer, questionner, raisonner. Pour autant, le plaisir presque naïf de chanter ou de jouer d’un instrument doit conserver la fraîcheur et l’audace de l’authenticité. Adapter « My Sweet Lord » de George Harrison dans un idiome régional est, certes, une pirouette linguistique ludique mais aussi une prouesse qui prend tout son sens quand elle sert un propos multiculturel. C’est ce à quoi se sont attelés David Noël et Grant Haua dans cet album judicieusement nommé « Two Roots » (Deux Racines). Retrouvez Grant Haua avec The Inspector Cluzo à Paris (La Maroquinerie), les 28, 29, 30 janvier et 1er février 2026 Retrouvez Grant Haua et David Noël avec The Inspector Cluzo à Paris (La Maroquinerie), le 31 janvier 2026 Retrouvez David Noël avec The Supersoul Brothers à Lescar (sud-ouest de la France), le 30 janvier 2026. - Atua Blues : le choc des cultures entre Grant Haua et David Noël - The Supersoul Brothers - Grant Haua Titres diffusés cette semaine : - « I get the blues » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots - « Amazing Grace » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots - « What have we done » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots - « My sweet lord » par Grant Haua et David Noël extrait de l’album Two Roots.

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L’énigme Sam Cooke

1/17/2026
Le 22 janvier 1931, il y a 95 ans, un pionnier de la Soul-Music américaine voyait le jour à Clarksdale (Mississippi). Sa courte vie sur terre a marqué les esprits. Sa voix, sa prestance, son engagement artistique, son activisme social, ont inscrit son nom dans la légende. Il n’aura vécu que 33 ans mais son aura continue de susciter admiration et interrogations. Marc Dolisi s’est penché sur la destinée de ce personnage unique et s’est notamment intéressé, dans son dernier livre, à cette fameuse nuit du 10 au 11 décembre 1964 durant laquelle Sam Cooke fut froidement assassiné. Si l’auteur précise, dès l’introduction, que son récit laisse le lecteur conclure tant les zones d’ombre de cette histoire tragique restent nombreuses, il nous guide malgré tout dans les méandres d’une énigme toujours très vivace. Qui a tué Sam Cooke ? Pourquoi ? S’agissait-il d’un complot ? L’enquête de police a-t-elle été bâclée ? Les scénarios ne manquent pour donner à cette affaire une dimension politique mais la réalité est peut-être plus crue. Ce que l’on perçoit aujourd’hui comme une tentative de faire taire un jeune activiste noir en pleine ascension n’est peut-être qu’un triste fait divers. Certes, Sam Cooke avait tissé des liens avec Mohamed Ali et Malcom X et pouvait, aux yeux des autorités racistes d’alors, représenter une menace mais la violence raciale de l’époque était un quotidien auquel aucun homme noir ne pouvait se soustraire. Sam Cooke a-t-il été une victime parmi tant d’autres de la tension sociale qui régnait autrefois ? Marc Dolisi pose la question… Au moment où sa vie s’arrête, Sam Cooke est une vedette dont la notoriété ne cesse de croître. Son dernier album, Ain’t that good news, laisse entrevoir une progressive affirmation de ses convictions. La chanson « A change is gonna come » donne le ton à cette période charnière de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Le jeune chanteur imagine un changement de paradigme… qu’il ne verra pas ! Ces mots et ces notes ont pourtant autant de valeur que la poésie folk d’un Bob Dylan interprétant « Blowin’ in the wind ». Sam Cooke comprend qu’il peut, à son tour, œuvrer pour donner un nouvel élan aux combattants de la liberté. Ses efforts porteront leurs fruits puisque sa chanson accompagnera les plus téméraires esprits progressistes. Quelle place aurait occupée Sam Cooke dans la société américaine des années 70 ? Aurait-il, comme son homologue Marvin Gaye, écrit un pamphlet contre la guerre du Vietnam ? Se serait-il insurgé contre les exactions policières ? Serait-il devenu un sage que l’on écoute et que l’on consulte ? Ses intentions artistiques semblaient le conduire vers une prise de conscience toujours plus palpable. Quel regard porterait-il sur ce XXIè siècle inquiétant ? Peut-être trouverez-vous la réponse dans « La nuit de l’Amérique » (Éditions Erick Bonnier). ⇒ « La nuit de l'Amérique », de Marc Dolisi, aux éditions Erick Bonnier. Titres diffusés cette semaine : - « Twistin’ The Night Away » par Sam Cooke - « Jesus Gave Me Water » par The Soul Stirrers - « A Change is Gonna Come » par Sam Cooke - « This Little Light of Mine » par Sam Cooke.

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Hommage à Steve Cropper

1/10/2026
Le 03 décembre 2025, un éminent guitariste, compositeur et producteur américain, disparaissait à l’âge de 84 ans. Bien qu’il fut considéré comme une figure majeure du Blues et de la Soul-Music aux États-Unis durant près de 60 ans, il n’avait jamais cherché la gloire et la lumière des projecteurs. Il était pourtant l’artisan de nombreux succès immortalisés par Otis Redding, Sam & Dave, Eddie Floyd, et beaucoup d’autres… Il s’appelait Steve Cropper. Né en octobre 1941 dans le Missouri, Steve Cropper a finalement assez peu enregistré sous son nom. Il a, en revanche, œuvré pour nombre de personnalités tout au long de sa riche carrière. On a pu le voir aux côtés de Rod Stewart, Richie Havens, Etta James, Albert King, B.B. King, Aaron Neville, Wilson Pickett, Percy Sledge, Mavis Staples, Ringo Starr, etc.… Son rôle d’accompagnateur, de tuteur, de chaperon, et sa camaraderie sincère pour ses acolytes, l’ont hissé au rang de pilier incontournable de l’histoire des musiques populaires américaines au XX siècle. Il suffit de citer quelques titres emblématiques qu’il eut l’honneur de produire, de composer ou d’interpréter avec les icônes d’antan pour prendre conscience de sa valeur dans l’univers sonore de notre mémoire collective. « Sitting on the Dock of the Bay », « Knock on Wood », « Soulman », « Green Onions », toutes ces mélodies historiques sont estampillées Steve Cropper. Ce brillant instrumentiste aurait pu se gargariser d’avoir croisé la route de véritables légendes de la culture noire américaine mais il préférait conter son épopée avec la plus grande humilité. « On m’a posé toutes les questions possibles… Ça ne me dérange pas. Je suis prêt à répondre à toutes les interrogations tant que cela concerne la musique, évidemment. Je reconnais avoir eu une très belle carrière. S’il y a un message à faire passer aux jeunes générations, c’est celui-ci : “Etre compositeur peut vous apporter le succès, il est plaisant d’être sur scène, dans la lumière, adulé de toutes les filles, mais en réalité le travail de compositeur est bien plus enrichissant”. Je suis heureux d’avoir choisi ce métier ! » [Steve Cropper au micro de Joe Farmer] Steve Cropper a été l’une des chevilles ouvrières du label Stax Records. Principal concurrent de la Motown, cette maison de disques basée à Memphis a révélé des dizaines d’artistes dont les noms sont entrés dans la légende. D’Otis Redding à Isaac Hayes, d’Albert King à Johnnie Taylor, ils ont tous été les contemporains de Steve Cropper. À lire aussiLes archives de Stax Records La frénésie de l’époque n’avait d’ailleurs jamais quitté l’esprit du guitariste : « J’ai beaucoup de souvenirs en tête. Certaines séances d’enregistrement sont restées dans ma mémoire. Beaucoup de gens me demandent de raconter des anecdotes mais, en réalité, j’étais très sérieux dans mon travail, dans l’écriture, la composition. Il n’y a donc pas d’histoires drôles à vous narrer. Lorsque je travaillais avec Wilson Pickett, c’était non-stop jusqu’à 2 heures du matin ! Et le lendemain on reprenait dès 11 heures. Le travail à peine terminé, Wilson Pickett et Jerry Wexler, le patron du label, retournaient à New York. J’ai évidemment passé plus de temps avec Otis Redding, il était constamment pressé, il était très demandé et cela ne lui permettait pas de passer trop de temps en studio, 4 jours pour enregistrer un album, avec un peu de chance, une semaine entière… On travaillait sans discontinuer, on composait la nuit, on passait notre vie en studio, on dormait 1 à 2 heures par jour ». [Steve Cropper en 2008 sur RFI] Otis Redding sera l’une des comètes lumineuses de l’histoire de la Soul-Music. Il disparaîtra tragiquement le 10 décembre 1967 à seulement 26 ans. Le choc sera rude pour le label Stax qui ne parviendra jamais à retrouver la fougue d’un tel artiste et verra progressivement la flamme vaciller. Steve Cropper sentira le vent tourner et, la mort dans l’âme, acceptera l’inéluctable. À la fin des années 1960, une page se...

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Prenons la «Route 66»

1/3/2026
Artère mythique de la grandeur américaine, la Route 66 a longtemps relié les rives atlantiques et pacifiques des États-Unis, de Chicago à Los Angeles en traversant huit états et trois fuseaux horaires. En 2026, cette longue route de 3940 kilomètres fête son centenaire. Julien Grossot et Lauric Henneton ont conçu un ouvrage passionnant, paru chez Hors Collection Editions, et nous emmènent en vadrouille et en musique sur la fameuse « Mother Road ». Lorsque Bobby Troup écrit « Get your Kicks on Route 66 » en 1946, il n’imagine certainement pas que sa chanson va devenir l’hymne intemporel de toutes les chevauchées motorisées des aventuriers américains. Reprise des dizaines de fois par des artistes aussi divers que Nat King Cole, Chuck Berry ou les Rolling Stones, cette composition sera la bande-son d’une épopée culturelle, politique et économique, unique. Suivre la « Route 66 », c’est se confronter à la diversité des migrations qui ont façonné l’Amérique. Dès le premier kilomètre, l’histoire sociale s’impose car traverser Chicago, c’est se souvenir du périple de nombreux citoyens afro-américains tentant d’échapper aux lois racistes du sud des États-Unis pour une vie meilleure au nord. Se rendre dans cette ville moderne de l’Illinois, en pleine expansion au milieu du XX siècle, est alors un enjeu de survie. Écouter le blues de Chicago, c’est entendre la complainte de l’homme noir parvenu à s’extraire de l’oppression ségrégationniste institutionnalisé. Le mode d’expression acoustique artisanal des musiciens du sud trouvera à Chicago une résonance électrique qui dessinera les contours d’une révolution artistique majeure. Tout au long de la « Route 66 », les destinées se lisent comme des romans. John Steinbeck n’avait-il pas inscrit Les raisins de la colère, son œuvre la plus célèbre, sur cette voie transcontinentale ? Au fil des étapes, des personnages surgissent et marquent leur territoire. La musique en est la trace indélébile. D’Est en Ouest, les styles et accents se révèlent et donnent une lecture assez juste d’une mélodieuse géographie sonore nourrie de blues, de country, de jazz, de soul-music, de rock’n’roll. On y rencontre Muddy Waters, Miles Davis, Charlie Parker, Count Basie, Stevie Ray Vaughan, et beaucoup d’autres grands noms de « L’épopée des Musiques Noires ». La « Route 66 » fut un symbole de l’esprit conquérant des américains triomphants et reste, 100 ans après sa création, une inspiration pour nombre d’auteurs, d’instrumentistes et de globe-trotteurs en quête d’un frisson originel. Lisez Rock’n’Road Trip – La Route 66 en Musique et laissez-vous conduire ! Les Facebook de Julien Grosset et Lauric Henneton Les titres diffusés dans l'émission : Nat « King » Cole - Route 66 Chuck Berry - Saint Louis Blues Stevie Ray Vaughan - Texas Flood Otis Redding - Respect À écouter aussi :Sur la route 66

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Florilège 2025

12/27/2025
L’année 2025 fut inattendue, enthousiasmante, palpitante ! Auteurs, instrumentistes, interprètes, producteurs, photographes… Ils ont accompagné une saison radiophonique trépidante. Leurs propos éclairés ont enrichi nos connaissances musicales, ont affiné notre compréhension du monde, ont encouragé l’écoute et le partage. Retournons-nous une dernière fois sur les moments privilégiés des 12 derniers mois et souhaitons-nous d’être à nouveau émerveillés en 2026. Tout au long de l’année, nous nous sommes promenés dans les festivals de France et de Navarre, nous avons arpenté les salles de spectacle, nous avons visité les studios d’enregistrement, nous avons accueilli des interlocuteurs passionnants qui, par leur verve et leur engagement, ont su restituer l’effervescence des cultures afro-planétaire au XXIe siècle. Curieusement, les Caraïbes ont plus spécifiquement occupé nos esprits en 2025. Micro à la main, nous avons croisé la route de musiciens antillais, cubains, haïtiens, jamaïcains, dont l’implication artistique nous a charmés. L’un d’eux s’appelle Richard Payne. Originaire de Sainte-Lucie, au sud de la Martinique, ce pianiste et chef d’orchestre émérite faisait paraître au printemps 2025 un album intitulé « Introspection » pour lequel il avait sollicité une foultitude de virtuoses ultramarins. Ce collectif d’instrumentistes créoles inégalables nous avait ouvert les portes de son studio pour nous permettre d’assister à la genèse d’une production d’envergure. « Je ne conçois pas la musique de manière classique. J’apporte ma touche personnelle au melting pot caribéen. J’essaye donc de m’échapper de l’interprétation traditionnelle pour trouver les éléments que nous avons en commun et créer quelque chose de neuf. C’est ainsi que l’on parvient à symboliser l’unité des cultures caribéennes. Quand j’écris ma musique, je pense à toutes les composantes des Caraïbes, le Rara, le Bèlè, le Gwoka, le Reggae, mais je n’oublie pas pour autant les disques que j’écoutais durant ma jeunesse, le jazz de Miles Davis et Chick Corea, la musique classique de Bela Bartok et Claude Debussy. Tout cela fait partie de moi et je l’exprime avec mon âme caribéenne ». (Richard Payne sur RFI en avril 2025) Comme les Antilles, Cuba est aussi une terre métisse où les cultures musicales se sont entrechoquées pour finalement créer un patrimoine d’une richesse exceptionnelle. Le pianiste Chucho Valdès est certainement le symbole ultime de cette quête d’universalité créative. Seul ou avec son groupe Irakere, il a défié les normes stylistiques et les barrières sociales pour trouver un espace de sérénité qui le hisse aujourd’hui au rang des maestros de notre temps. Le 04 avril 2025, il fit l’ouverture du « Cully Jazz Festival » en Suisse où nous avons eu le privilège de l’écouter se raconter : « Qu’ai-je donc appris durant ma carrière ? J’ai beaucoup appris. J’ai passé ma vie à chercher, en quelque sorte. Je suis allé en Afrique et, bien évidemment, aux Etats-Unis et à Cuba, dans les recoins les plus reculés où l’on percevait encore les racines africaines de notre musique qui ne sont pas bien étudiées d’ailleurs. J’ai aussi beaucoup appris d’Herbie Hancock, de Chick Corea, de Keith Jarrett, et même de Cecil Taylor. Ce que j’ai développé repose sur leur patrimoine musical. Leurs œuvres m’ont enrichi. Je pense également aux prestations de Quincy Jones ou au groupe de Miles Davis. De cette époque, j’ai développé un intérêt pour les sonorités électroniques, les synthétiseurs, le piano électrique et, grâce à cela, j’ai façonné un son particulier qui, de surcroît, faisait appel à la source africaine. J’avais en moi les rythmes traditionnels africains que je conjuguais aux sonorités électroniques ». (Chucho Valdès au micro de Joe Farmer, le 04 avril 2025 à Cully en Suisse). Célébrer les aînés est une marque de reconnaissance et une main tendue à la jeune génération qui découvre ainsi l’héritage transmis par les pionniers au fil des décennies. À la...

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Révisons les classiques de Michael Jackson

12/20/2025
Est-il encore possible d’avoir zappé quelques perles de Michael Jackson tant sa destinée fut commentée, analysée, scrutée, décortiquée ? Richard Lecocq, incontestable connaisseur de cette imposante discographie, propose un nouvel ouvrage consacré à la star sobrement intitulé «Legend». Réécouter les ritournelles d’une icône absolue, ponctuées par les remarques éclairées d’un incontestable spécialiste, illumine indubitablement les fêtes de fin d’année. On pense tout savoir sur le «Roi de la Pop», et pourtant, en parcourant le livre très documenté de Richard Lecocq, on réalise soudain qu’un nombre non négligeable de petits détails nous a échappé. Saviez-vous que Berry Gordy et ses équipes inondaient le marché discographique de rééditions estampillées Motown chaque fois que Michael Jackson ou ses frères faisaient paraître un album sur le label concurrent ? Saviez-vous que le clip de Thriller fut filmé dans une zone industrielle à l’intersection de «Union Pacific Avenue» et «Calzona Street» à Los Angeles ? Saviez-vous que le premier album posthume paru en 2010, sobrement intitulé Michael, fut sujet à controverse quand des fans aux oreilles affûtées constatèrent que trois des dix titres n’étaient pas interprétés par l’icône disparue ? Saviez-vous que Michael Jackson fut le plus généreux donateur à des œuvres caritatives avec un montant global estimé à 500 millions de dollars ? Saviez-vous que la panthère noire du clip «Black or White» est une allusion au «Black Panthers Party» ? Toutes ces informations nous donnent une nouvelle lecture de «L’épopée Michael Jackson». Il faut dire que Richard Lecocq n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà publié en 2019 «Michael Jackson, La Totale» (EPA Éditions) avec son camarade François Allard. Il est également l’auteur d’un ouvrage intitulé «King» (Publibook) paru en 2011, il a collaboré à l’édition du livre anniversaire «Thriller 25» et au projet «Bad 25». Alors que l’on annonce un film biographique en avril 2026, ses commentaires sauront nous guider dans l’histoire mouvementée d’un génial artiste dont on ne se lasse jamais de redécouvrir les joyaux. ⇒ Le site Michael Jackson ⇒ Michael Jackson Legend, Glénat. Titres diffusés cette semaine : « I want you back » par les Jackson 5 (1969)«Shake a body (Demo)» par The Jacksons (1978)«We are the world» (Demo) par Michael Jackson (1985)«Best of Joy» par Michael Jackson (Sortie posthume - 2010)«Another part of me» par Michael Jackson (Live Wembley - 1988).

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