
Afrique en marche
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L'Afrique positive sur RFI pour découvrir et mettre en valeur des initiatives gagnantes du continent. Une entreprise innovante, une idée qui mérite d'être relayée, un projet auquel nous pouvons donner un coup de pouce... Chaque semaine, nous ferons un...
Location:
France
Genres:
News & Politics Podcasts
Networks:
RFI
Description:
L'Afrique positive sur RFI pour découvrir et mettre en valeur des initiatives gagnantes du continent. Une entreprise innovante, une idée qui mérite d'être relayée, un projet auquel nous pouvons donner un coup de pouce... Chaque semaine, nous ferons un focus sur l'Afrique qui marche et qui donne envie d’aller plus loin ! Diffusion : dimanche à 5h47, 7h47 et 12h50 TU.
Language:
French
Episodes
Phati, un petit clic pour trouver son médicament en pharmacie en RDC
4/19/2026
En RDC, si vous avez du mal à trouver vos médicaments dans une pharmacie, que vous craignez une rupture de stock ou que vous souhaitez pouvoir comparer les prix de tel ou tel traitement, Valorigo a une solution à vous proposer. Cette start-up fondée à Goma, il y a quatre ans, a mis au point l'application Phati, qui permet de trouver rapidement des médicaments et de les réserver à l'avance. [Rediffusion]
C'est parce qu'il en avait assez de courir les rues de Goma pour trouver un médicament contre ses quintes de toux que Daniel Makombe, 28 ans, ingénieur informatique, a eu l'idée de mettre au point une application : Phati, sur ordinateur ou bien sur smartphone, permet de cartographier en direct les pharmacies qui disposent tout de suite du sirop, des pilules, du traitement dont vous avez besoin.
« L'idée est née d'une expérience personnelle, se souvient le créateur de cette start-up congolaise. Chaque fois que j'avais besoin d'un médicament, il fallait que je puisse parcourir plusieurs pharmacies avant d'en trouver une qui en disposait. C'est vraiment stressant. Alors, je me suis dit qu'il y avait vraiment une opportunité pour digitaliser le secteur et résoudre ce grand challenge. On a commencé à Goma. Si vous cherchez par exemple du paracétamol, il suffit d'aller sur notre site et vous tapez le nom du médicament. Et le site va vous afficher toutes les pharmacies qui l'ont en stock, ainsi que le prix et l'adresse de ces pharmacies. Alors, vous n'avez qu'à cliquer sur "Réserver". Le système va vous générer un code de réservation que vous aurez à présenter dans la pharmacie afin d'être servi. Le paiement du médicament et la collecte, ça se passe en pharmacie. »
Code de réservation et achat sur place
De l'e-commerce pharmaceutique adapté aux réalités des stocks de médicaments de RDC. L'autre avantage de cette application Phati est de faciliter le travail des pharmaciens lors des inventaires, puisque les produits vendus sont scannés et donc déduits automatiquement des réserves, selon Daniel Makombe.
« Il y a également des pharmacies qui sont d'ailleurs nos clients payants. Elles sont également très satisfaites parce que Phati leur permet non seulement d'attirer beaucoup plus de trafic dans leur pharmacie, mais surtout aussi de digitaliser les opérations quotidiennes. Et donc le suivi des stocks, celui des ventes et de la trésorerie. Tout cela se fait à travers cet outil », détaille-t-il.
Après Goma et Beni, où la solution a été adoptée par 700 pharmacies, la start-up Valorigo, qui a conçu l'application, s'est installée au Katanga.
Philippe Bassémé, chargé de la gestion-facturation à la pharmacie Horizon de Lubumbashi, est plutôt convaincu par cette solution digitale : « Cet outil permet de digitaliser toute notre gestion, notamment des stocks, la facturation. Autrefois, nous faisions tout dans un grand cahier avec un stylo. Mais depuis qu'ils sont arrivés, c'est trop rapide. L'inventaire est trop facile. »
Inventaire trop facile
La société de Daniel Makombe est née sur fonds propres, puis a vite reçu l'appui de la Fondation Bill et Melinda Gates, ainsi que celui du Fonds de soutien aux start-up Digital Africa, dont Sami Ajimi est l'un des responsables développement.
« On s'est rendu compte qu'il répondait à une vraie problématique. En RDC, il y a énormément de pharmacies. Beaucoup sont même illégales. Et donc, Phati est parti du postulat de collaborer seulement avec les pharmaciens qui sont référencés par l'ordre national et de répondre à une problématique qui est assez chronique en RDC : celle de trouver des médicaments, et surtout à un prix abordable. Daniel nous expliquait que d'une pharmacie à l'autre, un médicament peut valoir deux fois plus cher », explique-t-il.
Après Goma, Beni et – depuis quelques semaines – Lubumbashi, le prochain but de cette start-up congolaise sera de s'implanter sur le marché des pharmacies à Kinshasa.
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Awa Meité, la sculptrice de coton
3/25/2026
Portrait d’une artiste malienne hors norme. Artiste car, bien que styliste, Awa Meité fait référence dans sa manière de sublimer le coton de son pays : le Mali… Ses robes, ses parures, les accessoires qu’elle conçoit et expose sont de véritables œuvres d'art… À telle enseigne que certains la qualifient de « sculptrice du coton ».
« Awa travaille le coton comme jamais personne ne le travaille. Awa, c'est une sculptrice de coton ! ».
La styliste et designer malienne Awa Meité, ce pourrait être un autre designer : l'Ivoirien Jean Servais Somian, qui en parle le mieux : « Je suis toujours épaté parce qu'Awa a ramené le coton malien dans l'excellence. Elle a un travail sur le coton, sur l'indigo, sur cette teinture… Un travail qui est assez unique. C'est vraiment de la sculpture parce qu’elle a une écriture très particulière. Comme je lui ai dit, je suis toujours émerveillé de voir ce que tu proposes et c'est vraiment quelqu'un qui aime, qui a beaucoup d'idées. C'est une brillante designer qui est dans le partage parce que ça, c'est très important ! Et elle est dans cette démarche-là et elle arrive vraiment aujourd'hui à nous ramener le coton malien dans l'excellence. Elle nous le ramène vraiment, vraiment dans l'excellence. »
Le coton malien dans l'excellence
Awa Meité, designer textile du Mali de 55 ans est créatrice de vêtements, de parures de très haute qualité à base de coton et de pigments. Elle a patiemment construit son art et son savoir-faire en voyant défiler dans la demeure familiale de Bamako des grands noms de la culture et de la couture africaine : « J'ai commencé par la peinture au départ avec Abdoulaye Konaté, Ismaël Diabaté. De fil en aiguille, les toiles que j'utilisais étaient déjà de la cotonnade parce qu'on avait du mal à trouver des toiles classiques comme support pour la peinture. Donc, c'était vraiment ce mélange, cette curiosité, des matières, des formes qui m'interpellaient. Mais moi, j'avais envie de faire un retour aux sources parce que c'est dans cela que j'ai baigné. C'est un retour aux sources mais avec une vision moderne de notre société. C'est comme ça que j'ai commencé vraiment à m'intéresser au tissage. Mais après, il fallait appréhender, il fallait pouvoir transformer cela, faire évoluer et montrer une Afrique qui bouge aussi. C'était ça le défi. Une Afrique qui réfléchit, une Afrique qui s’assume parce que ça a toujours été le combat de ma famille de ne pas laisser raconter son histoire par d'autres. »
Une démarche qui trouve écho chez Anna-Alix Koffi, directrice de création qui a exposé les créations d’Awa dans des showrooms abidjanais.
Ne pas laisser raconter son histoire par d'autres
« Les vêtements d'Awa sont un peu à son image, assez majestueux, avec un beau tissu. On porte un peu, entre guillemets, vraiment gros guillemets, de l’artisanat qui est plus du métier d'art. Voilà ! C’est du métier d'art et on a conscience de ça quand on porte ces pièces. C'est vraiment cette recherche de la fabrication et du patrimoine local qu'on a envie de mettre en avant. Et les femmes qui peuvent se le permettre le portent avec d'autant plus de plaisir parce que – c’est là où le génie est – c'est que les coupes sont plutôt occidentalisées ou basiques mais, en revanche, le tissu, le travail est dans l'étoffe, et c'est très moderne, tout en revendiquant quelque chose, c'est un acte politique… ! »
Porter un tissu indigo, un bogolan, comme on porte un message, c'est ce qui participe de la philosophie créatrice d'Awa Meité qui s’en explique : « C'est la préservation et la transmission aussi. Au-delà des textiles, c'est vraiment notre identité, notre culture. C'est dans tous les domaines, c'est dans le domaine de la musique, dans le domaine de l'artisanat, dans le domaine des textiles. Et aussi, le Mali est un important producteur de coton et on transforme à peine 2% de ce coton-là. Donc ce sont des défis, je pense, des temps modernes, parce que pour pouvoir faire partie du débat, pour exister, il faut...
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Le gingembre ghanéen enflamme les papilles en France
3/24/2026
Si vous avez goûté au cours de votre vie aux douceurs du Ghana et en avez gardé une certaine nostalgie en France, la petite entreprise Ginger Flame va vous réveiller les papilles et les souvenirs. Depuis cinq ans, cette PME propose des jus et des sauces pimentées que l’on trouve dans bon nombre d’épiceries fines ou de supermarchés et compte bien se développer.
« Ananas, passion, citron sans sucre… Oui ! Ça arrache fort, il est beaucoup plus fort au gingembre ! » Avec un accent qui fleure bon le Ghana, Daniel Atrikpé vante avec passion au « Salon du bien-être et des médecines douces » de Paris ses produits faits maison et particulièrement son jus de gingembre. Basé en région parisienne, dans les Yvelines, Daniel et son épouse ont fondé en 2021 une PME de huit employés, Ginger Flame, qui transforme ananas, gingembre, hibiscus, fruit de la passion, en autant de boissons énergisantes et en sauce pour des plats africains.
« À la base, j'étais informaticien », explique le cofondateur de la PME, « Rien à voir avec ce que je fais aujourd'hui. C'est ma femme qui est traiteur, donc elle prépare des plats pour les mariages, pour les événements. Et beaucoup de gens ont aimé, ils voulaient, en fait, pouvoir en acheter pour la maison. Donc on s'est dit bon : "bah pourquoi pas les mettre en bouteille et puis commencer à les commercialiser". On a plusieurs variétés, avec une partie boisson, une partie sauce. La sauce, c’est pour préparer les djolofs, c'est une sauce toute prête que vous ajoutez seulement au riz. C'est un plat particulier des Ghanéens, nigériens, sénégalais. Là-bas, c'est ce que les Sénégalais appellent le tchep. Et puis on a les sauces pimentées pour manger le riz, les pâtes, c'est une particularité aussi de l'Afrique de l'Ouest. Après la partie boisson : on a les fruits à base de gingembre, avec ananas, avec passion, avec citron . Les produits de base, la plupart vient du Ghana. Par exemple, l'ananas, les épices qu'on utilise, tout vient du Ghana ».
Ananas, épices, gingembre du Ghana
L’usine de Ginger Flame qui emploie dans les Yvelines huit salariés sur 500 m² de surface, transforme des fruits à la mode ghanéenne. Et si une partie de la matière première provient du marché de Rungis, au sud de Paris, le projet de Daniel Atrikpé est de cultiver et de transformer les cultures de son verger sur place au Ghana.
« Oui, il y a un projet qui est en cours actuellement. L'idée, c'est de pouvoir installer une usine qui transforme certaines de nos matières premières pour pouvoir les importer et faciliter la production en France. Par exemple, l'ananas, il y a aussi les fruits de la passion, qu’on transforme en pâte. L'ananas, quand il sort du champ, le goût est meilleur. Le gingembre également, on va tout transformer en pâte et on l'amène directement en France, pour pouvoir continuer notre production. Quand c'est frais, quand ça sort du champ, c'est plus juteux, plus agréable à manger. Donc en les transformant, cela permet aussi de réduire nos coûts ».
Si ce projet de culture de transformation en produits finis aboutit au Ghana, la PME « Ginger Flame » devrait pouvoir augmenter sa production actuelle de 2 000 bouteilles de jus par jour, afin d'alimenter la vingtaine de supermarchés d'Île-de-France qui distribuent déjà son gingembre made in Ghana.
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Mory Sacko, de la gastronomie africaine de haut vol
3/9/2026
La gastronomie africaine est à l'honneur avec le chef étoilé Mory Sacko. D'origine malienne et sénégalaise, il devient le premier chef « signature Air France » au départ de l'Afrique. La compagnie aérienne, qui sollicite le savoir-faire de chefs étoilés pour différentes destinations – en Asie, en Amérique ou en Europe – a demandé à Mory Sacko de concevoir plusieurs plats qui seront servis au départ d'Abidjan, puis de Dakar, Nairobi et d'autres destinations africaines.
« Pour l'instant, je n'ai que des bons retours. On l'a bien bossé ce menu et c'est trop cool ! Je reçois plein de photos de gens dans l'avion avec le plat et c'est cool, parce que je sens que ça fait plaisir aux gens de goûter ma cuisine en vol », s'exclame le chef.
C'est dans son restaurant parisien, le Mosuke, au milieu de ses casseroles, que Mory Sacko a conçu les plats qui seront servis, désormais, sur les vols Air France au départ d'Abidjan, et plus tard d'autres capitales subsahariennes. Une rencontre naturelle entre la compagnie et l'un des chefs africains les plus réputés. Mory Sacko, dans sa cuisine du Mosuke à Paris, nous décrit sa rencontre avec la compagnie aérienne :
« C'est la compagnie Air France qui est venue me voir. Donc, c'était une volonté de leur part de développer des plats signature. Ils le font déjà sur plein d'autres lignes et là, ils avaient cette volonté de développer des recettes sur les vols au départ d'Afrique de l'Ouest. On s'est mis à parler de produits, d'idées aussi, de développer des choses directement sur le continent. Moi, c'est une idée qui me plaisait, et je pense que nos envies se sont trouvées au bon moment, et ça s'est fait assez simplement. »
C'est ainsi que le poisson braisé attiéké est devenu un bar accommodé à une sauce.
L'image du mafé à bord d'un vol Business
« On a, par exemple, fait le mafé avec une volaille, parce que c'est un plat qui est assez important pour moi. Et je trouvais ça cool d'avoir l'image de quelqu'un qui mange du mafé avec son riz, à bord d'un vol Abidjan-Paris, en business ou en première dans l'avion. Je trouvais l'image assez belle et assez drôle. On mange aussi un attiéké-poisson parce que bon, c'est la Côte d'Ivoire ! Et voilà, s'il y a un truc qui représente bien ce pays pour moi, en tout cas d'un point de vue gastronomique, c'est bien l'attiéké-poisson. Je trouvais cela sympa justement de venir le travailler avec ma vision à moi, de l'amener différemment, mais pouvoir proposer des recettes qui sont des recettes assez iconiques. Tout en parallèle avec des plats qui sont un peu plus croisés, comme un paleron de bœuf braisé. On vient l'assaisonner avec des poivres qui viennent de Madagascar qu'on sert avec un gratin de manioc et donc, tout de suite, ça l'amène ailleurs. Voilà, il y a ces plats un peu plus en trait d'union », se régale le chef.
Des plats qui ont été adaptés aux contraintes des repas en vol assurés par le prestataire Servair. François Adamski, meilleur ouvrier de France, est responsable de l'identité culinaire. Il se réjouit du résultat : « Il y a une recette qui m'a beaucoup plu, c'était le filet de volaille avec une sauce. Filet au riz pilaf carottes, au piment d'Espelette. Tous les plats qu'a faits Mory avaient vraiment du sens. Il a compris les contraintes. Ça a été vraiment très intéressant, très goûteux, très savoureux. Vous voyez, il a vraiment réussi à mettre les petites touches des produits africains avec de la francité. Et ça, c'était vraiment le brief important pour ces développements. »
Fabien Peloux est lui le directeur de l'expérience client pour Air France. Pour lui, cette collaboration était logique : « Le nom de Mory Sacko s'est effectivement affiché comme une évidence puisque c'est cette parfaite incarnation, avec ce talent de savoir-faire à la française et puis cette attirance pour les saveurs africaines. Et donc, on a trouvé aussi à travers sa notoriété, et puis son étoile Michelin, qui est quand même aussi une belle reconnaissance, le parfait acteur...
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Côte d'Ivoire: le chocolat Tafissa, un cacao transformé localement à Cocody
3/9/2026
En Côte d'Ivoire, il y a ceux qui disent qu'il faut transformer les matières premières du pays et celles qui le font. Olga Yenou a créé en 2012 la marque Tafissa, qui propose poudre et pâte à tartiner « made in Abidjan ». Reportage dans une unité de conditionnement à Cocody. (Rediffusion du 03/08/2025).
Lorsqu'elle vous invite à visiter son unité de conditionnement à Abidjan, Madame Yenou ne rigole pas avec l'hygiène et vous montre, si besoin est, que c'est bien elle, la patronne. On ne franchit pas le pas de porte de son unité d'ensachage Tafissa sans enfiler sur-chaussures, blouse et charlotte sur la tête. Hygiène oblige.
La poudre de cacao pour les boissons chaudes ou froides et la pâte à tartiner Tafissa sont l'une des rares marques ivoiriennes qui propose, de la cabosse jusqu'au produit fini, une transformation 100% locale. Olga Yenou est une ancienne directrice d'usine chez Cémoi, un chocolatier français également implanté en Côte d'Ivoire. En 2012, elle décide de se lancer dans l'aventure sous sa propre marque. Ancienne de polytechnique à Yamoussoukro, Olga Yenou a misé sur le plaisir procuré par le cacao, mais surtout sur les bienfaits d'un produit qui – lorsqu'il n'est pas saturé de potasse ou de sucre ajouté – est précieux pour l'organisme.
Bienfaits d'un produit précieux pour l'organisme
« Arriver sur le marché avec une poudre de cacao sans sucre du tout, il fallait le faire, raconte-t-elle. Cela existait, mais très peu. La majorité des produits du chocolat sont sucrés, donc venir avec une poudre sans sucre adressée aux adultes (parce que moi-même, je suis une adulte) et que je commence à faire attention à ma santé. Je me suis éloignée des produits chocolatés à cause de la présence du sucre. J'ai pris vraiment le contre-pied de ce qui se faisait. Et aujourd'hui, on se rend compte qu'il y a quand même une population qui veut consommer du cacao, mais en dosant son sucre soi-même. »
Marina est l'une des 40 salariées qui s'occupent de mettre de la poudre 35, 70 ou 100% cacao dans des sachets que l'on retrouve dans les supermarchés ivoiriens. « Si tu es diabétique, tu peux le prendre. C'est aussi aphrodisiaque, explique cette mère de deux enfants en rigolant. En tout cas, c'est très bon. Il n'y a rien à dire. Avec ce travail et mon salaire, mes enfants peuvent aller à l'école. Je ne me plains pas. »
Fabriqué par des Ivoiriens
Pas besoin de se plaindre donc, d'autant plus que Lucille Yango, responsable commerciale, se félicite, elle, des commentaires des consommateurs quand elle fait des visites surprises dans les supermarchés : « Je demande systématiquement : ''Pourquoi prenez-vous ce produit ?''. En général, ils ne savent pas que c'est fait par des Ivoiriens, ils sont encore plus fiers. Je pense que le défi majeur ici en Côte d'Ivoire, c'est la consommation locale. C'est bien de le transformer, mais aujourd'hui, 90% de notre production va à l'exportation. Ce serait bien que 100% de notre production soit transformée et vendue de façon locale. »
Une production pour un marché national qui reste à développer. Sur les 1,8 million de tonnes de cacao produites en 2024, Tafissa n'en transforme qu'une centaine de tonnes par an. Le chemin est encore long. Mais pas d'inquiétude, Madame Yenou et son équipe se dopent au cacao.
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WIC, club d'investisseuses ivoiriennes pour dirigeantes «Wictorieuses»
3/9/2026
À Dakar et à Abidjan, les associations WIC (Women’s Investment Club) ont été créées en 2016 et 2018 pour accompagner, financer des entreprises, portées par des femmes. À Abidjan, depuis deux ans, cette association se regroupe pour désigner vingt lauréates auxquelles l'association apporte conseil et financement. (Rediffusion du 13/07/2025)
Ce jour-là, dans un grand hôtel d'Abidjan, les adhérentes du WIC Côte d'Ivoire cooptent pour la deuxième année consécutive, vingt femmes. Des femmes patronnes de PME, dont les projets ont retenu l'attention de leur sœur entrepreneuse. Manon Karamoko Coulibaly est la directrice régionale de la société pharmaceutique Novartis, mais elle est aussi la présidente du WIC Abidjan. Elle nous explique le sens de ce club de dirigeantes ivoiriennes qui ressemble à une tontine des temps modernes.
« En fait, ce sont des femmes qui ont décidé de mettre leur épargne en commun pour investir dans les entreprises de femmes. On sait que naturellement, dans les banques traditionnelles, c'est un peu difficile d'obtenir des prêts en général pour les entrepreneurs, mais encore pire pour les femmes parce que la confiance n'y est pas. Donc, nous avons décidé de mettre nos épargnes à contribution. Nous recrutons des femmes que nous mettons dans des cohortes que nous accompagnons. D'abord parce que c'est quand même un investissement, ce n'est pas un don. Il s’agit plus souvent, d'ailleurs, de prises de participation dans leur capital, parce que ce sont des petites entreprises qui ont besoin de grandir. Quand on prend des prises de participation, ce qu'on fait, c'est qu'on a toujours un ou deux de nos membres qui vont siéger au conseil d'administration et permettre de guider l'entreprise. Donc, au-delà du retour sur investissement, c'est beaucoup plus l'impact que ces entreprises-là auront dans cinq ou sept ans que nous visons, afin qu’elles soient beaucoup plus grandes, beaucoup plus pérennes, beaucoup plus solides. »
Pour cela, le Women's Investment Club ne se contente pas de financer des projets portés par des femmes, mais a mis en place une académie, un cercle de réseaux d'affaires et même – quand cela est nécessaire – un coaching et de l'accompagnement psychologique, ce qui est primordial pour Manon Karamoko Coulibaly.
Beaucoup plus grandes, beaucoup plus pérennes, beaucoup plus solides
« Je dis toujours qu'on ne coache pas une femme de la même manière qu'on coache un homme, encore moins en Afrique, parce que les femmes ont des situations personnelles à gérer qui vont impacter leur manière de gérer leurs activités professionnelles. Il faut gérer les enfants, il faut gérer la famille, les parents, il faut être disponible et quand on a une activité à plein temps et qu'on s'investit là-dedans, en général, ça sera au détriment de tout cela. Des difficultés auxquelles l’époux n’est parfois pas étranger », souligne la patronne du WIC.
« En fait, il considère que l'activité de la femme, son business, devient littéralement un concurrent parce que lui, il souhaite que son épouse soit dévouée à lui et à la famille. Les hommes n'ont pas encore compris l'utilité d'avoir une femme qui est active. Une femme qui est active n'est pas aux antipodes d'une femme qui est investie dans sa maison, bien au contraire. Donc notre but, c'est de renforcer ce qu’elles veulent. Une fois qu’elles ont confiance en elles, qu'elles sont soutenues par un réseau, les résultats sont juste fantastiques ! ».
Femi Yéo a 40 ans. Elle est mère de trois enfants, ingénieure en logistique et transport, elle a été l'une des premières à bénéficier des financements du Women's Investment Club. Sa société Wood Packaging Industry fabrique à Grand Bassam des palettes en bois.
« L'entreprise reste dans la main de l'entrepreneur. Eux, ils sont là en appui et en soutien. Donc dès que j'ai besoin d'aide sur un aspect, on active le réseau. Si je souhaite par exemple rencontrer le DG de telles entreprises, démarcher une société potentiellement cliente et qu'une...
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Pas de «trucs bizarres» dans le karité guinéen de Mama Sango
2/8/2026
Le fruit du karité est une noix qui pousse à l'état sauvage et qui est de plus en plus utilisé dans l'industrie agro-alimentaire, notamment dans la fabrication du chocolat. Mais c'est aussi une oléagineuse qui permet aux femmes africaines de se créer des revenus grâce à sa récolte et sa transformation pour l'industrie cosmétique. C'est ainsi qu'en France, la Guinéenne Zéna Barry a créé une marque de produits cosmétiques, Mama Sango, sur la base du beurre fabriqué en Guinée.
« Mama Sango, c'est ma mamie chérie, ma mamie maternelle avec qui j'ai grandi, qui m'a appris plein, plein de choses. J'étais tout bébé, j'ai fait plein de villes avec elle et mon grand-père maternel qui, lui, était enseignant... ». Zéna Barry est intarissable sur son pays et ses origines. Il faut dire que ce petit bout de femme, toujours gaie et extrêmement loquace, est une Peule un peu particulière. Guinéenne d'origine, spécialiste en droit des affaires en France, cette entrepreneuse dynamique a décidé de promouvoir le karité guinéen dans le Berry, dans le centre de l'Hexagone, où elle s'est installée avec son mari. Rencontrée au Salon du bien-être à Paris, elle nous vante ses produits cosmétiques et alimentaires à base de beurre de karité.
« On produit déjà des merveilles autour du vrai beurre de karité qui vient de Guinée, produit par les braves femmes de ce merveilleux pays que j'aime beaucoup, mon pays d'origine ! Je suis arrivée en France pour mes études de droit, et en 2011, j'ai décidé de valoriser le vrai karité, parce que je voyais beaucoup de karité sur le marché français. J'ai compris qu'il y avait du karité industriel, extrait par des industriels avec des produits douteux. Et côté artisanal, je trouvais que ce produit n'était pas mis en valeur. C'est comme ça que j'ai décidé de créer Mama Sango, pour permettre aux femmes productrices de karité du village de mes grands-parents en Guinée, et d'autres villages bien évidemment, de vivre du fruit de leur travail. Le karité Mama Sango vient de la Haute-Guinée. »
Mama Sango, du nom de sa grand-mère, est une gamme de produits cosmétiques à base de beurre de karité. Avec « 0% de trucs bizarres dedans », assure Zéna Barry.
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« On formule nos produits »
« Avant 2011 déjà, j'ai constitué une équipe toxicologue, aromatologue et moi-même. On a formulé nos produits et fait quatre ans de recherche et développement et on a créé nos formules. Puis, on les a fait valider, et aujourd'hui, on a une cinquantaine de formules. Tous les ans, on achète le karité aux femmes et – très important ! – c'est elles qui fixent le prix, donc c'est du vrai commerce équitable. Ça leur permet de vivre de leur travail et c'était un de mes objectifs. On amène tout dans notre labo, dans le Berry, à Argenton-sur-Creuse, une très belle ville dont je fais la promotion, que j'aime beaucoup ! Et toutes ces merveilles sont fabriquées là-bas », poursuit-elle.
De cinq kilos de beurre de karité importés de Guinée à ses débuts en 2011, Zéna Barry est passée à plusieurs tonnes transformées chaque année. Grâce à cela, elle arrive à faire travailler près de 300 femmes en Guinée qui récoltent, sèchent, décortiquent et barattent le beurre de karité. Une activité rémunératrice et de plus en plus valorisée sur le marché international, comme nous le confirme l'agroéconomiste Anaïs Chotard du cabinet d'expertise Nitidae.
Favoriser la transformation nationale
« C'est une matière grasse végétale qui est de plus en plus consommée, exportée et recherchée parce qu'effectivement, elle peut remplacer le beurre de cacao dans certains produits chocolatés sur le marché européen. Et donc, vu le prix du beurre de cacao actuellement, c'est quand même très intéressant de se tourner vers le beurre de karité à la place, de faire des mélanges ou des recettes. C'est donc une matière végétale qui est recherchée. Il y a vraiment une stratégie très répandue dans les zones de...
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ToumAI rend les langues africaines intelligibles pour l'intelligence artificielle
2/3/2026
Gros plan sur ToumAI une start-up marocaine qui travaille à intégrer les langues et dialectes africains dans les usages que l’on fait de l’intelligence artificielle. L'entreprise, qui compte une quinzaine d'employés, propose une application permettant de mieux communiquer entre clients et plateforme téléphonique de service.
Ce n'est pas toujours évident lorsque l'on parle hausa, bambara ou le darija d'utiliser des plateformes de service téléphonique pour gérer son compte bancaire, réserver un hôtel ou bien régler ses problèmes de connexion internet. Les serveurs téléphoniques ou les plateformes d'appel ne parlent pas toutes ces langues, loin s'en faut. Aussi, la start-up ToumAI a-t-elle mis au point une application qui permet, avec l'intelligence artificielle, de répondre aux demandes des clients dans différentes langues africaines.
Youcef Rahmani, l'un des trois fondateurs de ToumAI et de l'application HolistiCX : « On a, à peu près, huit langues aujourd'hui qui sont vraiment prêtes en production et déployées d'ailleurs sur des applications. Donc vraiment, notre objectif, c'est finalement de couvrir les langues les plus parlées. Dans un premier temps, le swahili, le lingala en Afrique de l'Est et en Afrique du Sud, le zoulou, le xhosa. il y a plusieurs langues, souvent mal considérées par les logiciels et l' IA et que nous, on souhaite couvrir. »
« L'IA ne comprend pas votre accent »
Une intelligence artificielle qui s'adapte à l'oral, aux vocables africains, mais également aux intonations, si importantes, à la bonne compréhension d'une langue afin de mieux répondre aux besoins de celui qui l'exprime. Un service qui comble, pour toute une clientèle, un risque de fracture numérique et linguistique, souligne Youcef Rahmani
« En fait, c'est exactement ça ! ToumAI est né d'une de cette frustration. C'est que pendant longtemps, l'intelligence artificielle a été développée pour quelques langues et quelques cultures. Beaucoup de personnes se sont retrouvées exclues sans même que l'on s'en aperçoive. Au début, on ne s'en rendait pas compte parce que l'IA était reléguée à des rôles un peu obscurs pour le commun des mortels. Mais, lorsque Chatgpt est sorti, je pense que c'est là où les gens se sont rendus compte de la puissance de l'IA. Et en fait, pendant très longtemps, Chatgpt ne parlait pas vraiment d'autres langues à part les langues principales. Quand une IA ne comprend pas votre accent ou votre façon de parler ou votre langue, ce n'est pas juste un problème technique, ça devient un problème d'accès aux services, parce que l'on va avoir des logiciels qui intègrent de l'IA un peu partout, mais sans justement prendre en compte les différences culturelles et linguistiques. Nous avons voulu partir de la voix parce que la voix c'est l'univers où tout le monde parle. Et même quand on ne lit pas ou même lorsque l'on ne maîtrise pas le digital, on peut s'exprimer et obtenir des choses en parlant.»
Résoudre le problème d'accès au service
HolistiCX a séduit des entreprises bancaires comme le marocain Attijariwafa Bank, des opérateurs téléphoniques comme Orange ou Inoui, et certaines entreprises immobilières comme Héritage. Les clients de ces entreprises ne se sentent plus exclus des services à cause d'une inadaptation technologique à la langue. Une solution pertinente qu'a accompagné le fonds de soutien Digital Africa et Malek Lagha, cheffe de projet.
« C'est très pertinent parce qu’ils ont besoin de collecter de la donnée et qu’aujourd’hui, les logiciels en IA n'arrivent pas à traduire des langues africaines. C'est un marché qui a beaucoup de potentiel. C'est de la donnée très précieuse et qui compte également pour beaucoup d'entreprises dans le monde. Aujourd'hui, ToumAI a conçu une IA pensée dès le départ pour des contextes complexes, capable de comprendre non seulement les mots, mais les intonations. Je pense que c'est pour ça que c'est pertinent pour des entreprises internationales. »
Pour le moment, la solution proposée par...
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Avec l'application e-pineA, les agriculteurs béninois gagnent leur pain de sucre
2/1/2026
Au royaume des start-up, e-pineA fait office de petit prince du Bénin, puisque les deux fondateurs de cette société, basée à Abomey Calavi, ont permis aux agriculteurs de mieux écouler leur production de fruit et de trouver des acheteurs.
(Rediffusion du 27/07/2025)
Qui n'a jamais goûté un pain de sucre dans sa vie ne connaît pas la douceur de la saveur de l'ananas. Et pourtant, chaque année au Bénin, une bonne partie des récoltes ne trouve pas preneur, faute de lien entre paysans-producteurs et revendeurs-exportateurs. Mais cela, c'était avant ! Avant qu'Ulrich et Lucien ne créent Biolife, une start-up béninoise qui a conçu e-pineA, une application sur smartphone qui permet de signaler quand un champ arrive à maturité pour des intermédiaires qui prennent des options d'achat. Lucien Medjiko est le cocréateur de l'application smartphone.
« Le principe est simple : la plateforme va permettre aux agriculteurs de donner la cartographie de son champ en renseignant les données : "Combien je suis en train de produire. J'ai planté à certaines dates et j'ai certaines variétés". Tout un tas de données que le producteur va fournir et sur la base de ces informations, notre technologie va analyser tout ça, pour prédire la période de maturité, le rendement. Donc c'est sur cette base-là que les acheteurs, que ce soit à Cotonou ou à Niamey se renseigneront sur le niveau de maturité des champs, la quantité disponible. Il fait tout cela à partir de notre application qu’il télécharge sur Play store », détaille Lucien Medjik, cocréateur de l'application smartphone.
E-pineA est donc une application sur Android qui permet à environ 1 800 producteurs et 200 acheteurs de faire affaire et d'éviter les pertes. Mais au sein de leur start-up Biolife, Lucien et Ulrich font aussi du conseil pour un bon usage des parcelles.
« Aujourd'hui, il y a un constat que les terres sont fatiguées. Il faut repenser leur mode de production. Ce qui a fait que nous faisons la promotion des pratiques durables telles que la rotation des parcelles, l'utilisation de légumineuses à cycle court et des intrants d'origine organique, fabriqués localement. Ces producteurs, petit à petit, nous devons les accompagner aussi dans ce processus », explique Ulrich Djido, agronome et cofondateur d'e-pineA.
Depuis deux ans qu'il travaille avec Biolife et utilise leur application, Apollinaire Houeton, producteur d'ananas bio dans la commune de Zé, sent nettement la différence dans ses revenus : « Je fais de l’ananas biologique. Des fois, on produit, mais cela reste dans le champ et cela pourrit. Mais avec Biolife, actuellement, on n'a pas problème de marché, parce qu'ils nous aident à vendre nos produits à l'intérieur. Avant, sur 50 tonnes d'ananas, on se trouvait avec 3 à 5 tonnes d'ananas exportables. Mais avec Biolife, on a commencé par trouver jusqu'à 10 tonnes exportées. C'est bien mieux. »
Biolife et l'appli e-pineA ont bénéficié du soutien financier de Digital Africa, une filiale de Proparco qui a investi 32 millions de francs CFA (50 000 euros) dans cette start-up béninoise pour l'aider à grandir. « Pour moi, le digital est l'une des solutions qui peut considérablement améliorer l'efficacité de cette industrie en améliorant la distribution et la logistique, du producteur au distributeur. C'est ce que vient faire e-pineA qui permet à une myriade de petits producteurs, très fragmentés, d'avoir accès à un marché énorme qui est celui de l'export ou de la transformation locale, ce qui n'existait pas. C'est-à-dire qu’un producteur avant pouvait produire et perdre 30 à 40 % de sa production juste parce qu’il n'avait pas de débouché au moment où son produit était prêt à être vendu », argumente Grégoire De Padirac, directeur général de Digital Africa.
Et nos startupeurs ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. Leur application, qui évite déchets et gâchis de production, pourraient aisément se décliner pour d'autres produits périssables et pourtant recherchés, comme la mangue ou le...
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À Abidjan, des cantines scolaires pour bien se nourrir et mieux apprendre
1/18/2026
À Abidjan, devant la faiblesse de la restauration scolaire, Krys Digbehi a eu l’idée il y a cinq ans de créer une chaîne de restaurants pour les écoles ou les lycées. Yéyiba, une start-up ivoirienne, permet aux enfants qui ont une tête bien pleine d’avoir aussi un ventre bien nourri.
Yéyiba, cela veut dire « succès » en langue yacouba, la langue maternelle de Krys Digbehi. Cet Ivoirien originaire de Danané, après des études scientifiques, a changé de voie en décidant de se rediriger vers la gastronomie et les cantines scolaires. Krys Digbehi, rencontré lors du forum Euroafrica à Montpellier, exposait son projet aux participants de ces rencontres.
« Initialement, j'ai fait une formation de mathématique-informatique et après j'ai fait une reconversion en cuisine professionnelle à l'école hôtelière de Bassam et j'ai lancé mon business, mon entreprise de restauration, en étant autodidacte. »
Ne plus manger par défaut
Il a choisi la restauration scolaire « d’abord parce qu'il y a de la demande, il y a des milliers et des milliers d'écoles d'Abidjan qui n'ont pas de cantine. Je pense que selon les derniers chiffres, plus de 64 % des écoles en Côte d'Ivoire n'ont pas de cantine scolaire. Il y a aussi la précarité des cantines qui sont dans les écoles. Étant moi-même étudiant, j'ai vu comment c'était vraiment difficile de trouver à manger ou de trouver de la bonne nourriture. Il n’y avait pas vraiment de professionnalisme dans la nourriture. Donc, le midi, j’étais obligé de manger par défaut et ça coûtait cher. Donc, pour un élève lambda, qui n'a pas de revenu, il est obligé de mal se nourrir et puis après, il peut avoir des intoxications. »
Sur fonds propres et avec quelques prix remportés dans des concours de start-up, Krys Digbehi a investi dans des containers ambulants et dans du matériel de restauration professionnelle. Avec ses quinze employés, il travaille pour quatre établissements abidjanais.
« Dans les écoles, j'installe un conteneur, j’ai une cuisine, un conteneur équipé de matériaux, des tables en inox, du matériel vraiment professionnel et nous installons ce dispositif-là ainsi qu’un espace pour manger avec des chaises. Tout est bien aménagé, propre ! Et ces élèves-là, à l'heure de la pause, ils n'ont plus besoin de sortir pour chercher la bonne nourriture, vu que le cadre est là. On sert un repas classique à l'ivoirienne, des plats locaux, par exemple, attiéké-poulet, alloco-attiéké, poisson... Mais la différence, c'est que c'est fait vraiment de façon professionnelle et saine. Préparé avec amour surtout. Parce que quand il n’y a pas d'amour dans le plat, que tu déposes de l'attiéké, un poisson sec, ça descend pas bien… »
Yeyiba fournit 1 500 repas par jour. Des élèves qui mangent mieux et qui donc sont mieux disposés pour apprendre, comme le confirme Marc Delphin Kambou, ancien client de Yeyiba au Lycée Classique d’Abidjan.
Manger consistant pour suivre les cours
« Je vois clairement la différence parce qu’il y a un adage qui dit ici : "Un homme qui a faim n'est pas un homme libre". Parce que tu ne peux pas venir à l'école toute la journée, ne rien manger. Juste une barre chocolatée, ça ne va rien te faire ! Tu es obligé de manger un truc consistant pour pouvoir suivre le reste des cours. Là, c'est clair que celui qui mange, qui est rassasié, est clairement au-dessus de celui qui a faim, parce que si ton estomac est vide, tu ne vas pas suivre correctement ».
Et les élèves ne sont pas les seuls à apprécier une alimentation saine et roborative. Bruno Digbehi Zeli est le directeur de 2IMPE, un centre de formation technique à Abidjan. Et quand les apprentis ingénieurs commandent leurs plats, les professeurs ne sont pas loin derrière dans la queue de la cantine, explique-t-il.
« Moi-même, j'ai l'habitude de manger avec eux. C'est vrai que nos plats sont plus élaborés. Nous commandons un peu plus que les élèves qui ont un pouvoir [d'achat] un peu limité. Mais en tout cas, c'est à la portée quand même des jeunes...
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L'île d'Idjwi en RDC sanctuaire des singes bleus
1/12/2026
L'organisation Icopren RDC dans la région de Bukavu et particulièrement sur l’île d’Idjwi travaille à la préservation de la biodiversité en développant des techniques de compost, en œuvrant à la reforestation et surtout en préservant une espèce rare sur l’ile le singe bleu…
Idjwi est l'une des plus grandes îles lacustres du continent, située à l'est de la RDC, sur le lac Kivu. Elle est aussi riche de nombreuses cultures comme l'ananas, le café et le singe bleu, une espèce de primate menacé. Des singes que Hobereau Kitumaini au sein de son association, Icopren (Initiative Communautaire pour la Protection et la Restauration de la Nature en RDC), s'efforce de préserver.
Basé à Bukavu mais originaire de l'île d'Idjwi, Hobereau est profondément attaché à la préservation de la flore et de la faune, et particulièrement à celle de ces singes bleus. « Idjwi est très attrayant. C'est une entité complètement touristique, qui regorge d’une biodiversité exceptionnelle. Notre activité principale est de sensibiliser les populations sur la protection des singes bleus. Il y a eu des cas de braconnage et nous avons trouvé que si l'on continue à braconner cette population, on devrait perdre trop d’individus liés à la biodiversité ».
Biodiversité exceptionnelle
« Nous le faisons parce que, d'abord, c'est un élément capital qui attire les touristes. Ça, c'est la première des choses. Deuxièmement, ces singes bleus donnent l'identité à l'international pour l'île d'Idjwi. C'est déjà quelque chose quand même qui attire le monde de l'environnement. Et c'est ainsi que nous, on est en train de faire ce genre d'activités de sensibilisation des jeunes et pour aussi les encadrer à faire de l’élevage afin qu'ils n'aient pas l'esprit de chercher de la viande en braconnant des singes bleus ».
Hobereau, qui est également représentant du club RFI d'Idjwi, travaille au sein de son association avec une autre structure, l'ONG spécialisée dans la protection des singes en RDC, « Primate Expertise », dont Salomon Bazibuhé est l'un des représentants à Idjwi.
« La population des singes bleus vit dans un site qui est fortement dégradé et autour du site vit une population humaine vulnérable qui a besoin de moyens de subsistance pour améliorer leurs conditions de vie. Alors, en même temps que nous sommes en train de restaurer le site qui abrite les singes bleus, nous l’appuyons à une initiative de développement communautaire. C'est pourquoi souvent on a recours à Icopren RDC ou au Club RFI pour qu'ils nous accompagnent dans le cadre de la sensibilisation et sur l’ éducation environnementale. Lorsque j'ai commencé à « Primate Expertise », c'était en 2018 et à cette période-là, on comptait 50 singes, mais actuellement, les décomptes nous permet de recenser 100 individus actuellement. Et nous espérons, avec les efforts de conservation, que la population va s'améliorer au fur et à mesure ».
Malgré des résultats encourageants, l'ambition d'Icopren est de permettre de sensibiliser encore plus les populations de l'île d’Idjwi sur l'importance de préserver cette espèce de chimpanzé. Pour cela, l'association est à la recherche de financement afin de créer des élevages de chèvres et de poules pour que les habitants d'Idjwi cessent de chasser la viande de brousse.
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Toubab Paris, des bijoux d'excellence sénégalaise
1/6/2026
Maud Villaret est une créatrice née en Casamance et qui a sillonné toute l’Afrique ou presque. Son parcours, ses rencontres lui ont permis de créer sa marque de bijoux et de parures « Toubab Paris ». Des créations d’inspiration africaine d’une rare beauté qui ont séduit des artistes comme Angélique Kidjo, Dee Dee Bridgewater ou encore Rihanna.
Difficile de décrire les parures et bijoux de Maud Villaret, si ce n'est pour dire que ces assemblages de tissus africains, de pierres, de perles et de broderies sont spectaculaires. Un métissage soigné de culture occidentale et africaine que cette ancienne élève de l'école Duperré en France a développé à Dakar. Le Sénégal, un choix pas tout à fait anodin. Ce serait même plutôt un retour aux sources pour Maud Villaret.
« Comme je dis toujours, j'ai été " maraboutée " avant d'être née. J'avais mes parents qui travaillaient en Casamance quand ma mère était enceinte de moi. Donc, j'ai été conçue au Sénégal mais née en France et j'ai toujours voulu faire une passerelle entre l'Afrique et l’Occident, quel que soit le support artistique. Je pense que mes parents m'ont transmis le goût du voyage, de la diversité et des rencontres qui nous enrichissent, le goût pour l'aventure. Et pendant mes études de design textile, en fait, je cherchais une excuse pour repartir en Afrique de l'Ouest. J'ai trouvé un stage de teinture indigo avec le designer calligraphe Aboubakar Fofana au Mali. Et j'ai découvert ce que c'était que le travail de textile traditionnel et cela m'a passionnée. J'ai commencé à partir effectivement au Burkina Faso pour collaborer avec des artisans sur mes premières pièces, mes premières séries ».
Passion du travail textile
« J'ai de tout, je collectionne tout, je récupère tout ! J'ai des collections de perles anciennes, j'ai des choses, j'ai beaucoup de raphia à tisser de Madagascar, j'utilise des éléments du Congo, j'utilise des soies qui viennent du Cambodge, vraiment tout ce qui passe entre mes mains, quoi ».
Certaines pièces de Toubab Paris peuvent prendre des centaines d'heures d'assemblage, de broderies, de sertissage. Une minutie qui séduit des célébrités comme Rihanna, Angélique Kidjo, Sonia Rolland ou encore Erykah Badu, qui ont décidé de s'approprier l’un de ces bijoux et par là-même un peu de leur culture. Tabue Nguma est chef de secteur sciences sociales et humaines pour l'UNESCO au Sénégal.
« C'est aussi un marqueur esthétique très fort, avec des références très fort et très positif au niveau du continent. Et ça dit aussi qu'en fait, au niveau de tous ces artistes à la fois africains et afro-américains, ils sont très intéressés par des gens comme Maud pour s'intéresser aussi sincèrement et avec respect à l'Afrique. Intéressés par ce que l'Afrique a créé et le réutiliser. Je pense que les artistes sont sensibles en fait à ce travail qui n'est pas qu'un simple travail esthétique. Maud, quand elle vend un collier, quand elle vend une broche, c'est aussi une émotion qu'elle amène auprès de vous. C'est un sentiment et c'est tout cela, je pense, qui intéresse ces artistes ».
Les colliers, broches, parures de Toubab Paris se vendent à Dakar, dans sa galerie Moumkeen à l'hôtel Sokhamon, mais aussi en France, où Jean-Paul Blachère [décédé quelques jours après cette interview, NDLR] , créateur de la fondation du même nom, a décidé d'exposer et de vendre ses créations.
« Maud a été rencontrée dans un premier temps par des responsables de la fondation qui venaient à la Biennale de Dakar repérer les artistes sur lesquels nous voulions apporter une aide ou les exposer. Et elles ont été sidérées par l'énergie de cette jeune femme et la créativité de ses bijoux. Tout ce métissage de tissus, de perles, de fils, de quatre ou cinq matières différentes, mises avec goût et avec personnalité, donne un sens nouveau. Elle a innové un nouveau style par la dimension, par la grandeur, par son savoir-faire ».
Maud Villaret fait dans l'excellence avec ses bijoux mais propose des ateliers...
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Au Cameroun, les petites ruches font le grand bienfait des Pygmées Baka
1/5/2026
Au Cameroun, les populations pygmées Baka sont de plus en plus contraintes à la sédentarisation. Un phénomène qui a pour conséquence d’entraîner des problèmes de malnutrition chez ces cueilleurs-chasseurs. Pour lutter contre, des pasteurs camerounais et l'association française Apiflordev ont décidé de mettre en place un système de ruches adaptées pour leur permettre d'avoir une meilleure alimentation, générer des revenus, et favoriser la flore locale.
Les Pygmées Baka vivent au Congo, en RDC, dans certaines zones de Centrafrique et au Cameroun. C'est là, dans les villages de Payo et de Nomedjoh, dans l'est camerounais, que l'association Apiflordev et deux pasteurs, Martin Atangana et Jean-Paul Goufo, eux-mêmes apiculteurs, ont décidé d'initier ce projet de ruche kenyane, une ruche un peu particulière, tressée en osier et plus horizontale que verticale. Cette ruche kényane présente l'avantage d'être peu coûteuse et facile à construire. Dès lors, initier les Bakas à leur construction et à la culture du miel prend tout son sens, selon Alain Chevalier, président de l'association Apiflordev.
Apiculteurs militants
« Dans tous nos projets, les apiculteurs deviennent les premiers militants. De la préservation de la biodiversité, parce que l'apiculteur comprend très vite qu'il a besoin de l'abeille pour produire du miel. Pour avoir des abeilles, il faut de la biodiversité. L'apiculteur va reboiser. L'apiculteur va défendre la biodiversité, mais va aussi réfléchir aux pratiques agricoles. En particulier quelquefois l'utilisation des pesticides, qui est quand même un véritable fléau en Afrique. L'apiculteur comprend très vite que s'il utilise des insecticides, les insectes meurent, ses abeilles meurent, et que la quantité de miel produite diminue », raconte-t-il.
Le pasteur Martin Atangana, membre du projet Ruches tressées pour les Bakas, fait office de lien entre les Pygmées et l’association.
« Le miel est devenu rare. Nous avons constaté avec beaucoup de désolation que les abeilles sont en voie de disparition tout simplement parce que le Baka, lorsqu'il va en forêt et qu’il trouve une ruche sauvage, va utiliser le feu et tuer toutes les abeilles avec l’objectif principal de recueillir le miel. Il se moque de la colonie. Résultat: au fur et à mesure, les abeilles sont en voie de disparition », déplore-t-il.
Fabriquer une ruche tressée sans dépenser un euro
« Nous voulons voler au secours des abeilles et veiller à la préservation de la nature par leur élevage. Nous avons besoin que les Bakas eux-mêmes élèvent les abeilles à leur niveau et que la production de miel serve à la fois à la consommation locale et à obtenir des revenus financiers pour leurs propres besoins », affirme-t-il.
« L’avantage de la ruche tressée, c’est qu’on a juste besoin d'un petit couteau, d'entrer dans la forêt et d'y chercher tout ce dont on a besoin pour fabriquer une ruche tressée sans dépenser un euro. C'est profitable à leur niveau et nous croyons que ça porte beaucoup de fruits », explique-t-il.
D'autant plus de fruits que l'apprentissage de l'apiculture, prodigué par Martin Atangana et Apiflordev, s'accompagne d'un volet agroforesterie qui profite à l'environnement des Pygmées et à l’environnement au Cameroun. Florent Huard est apiculteur en France, dans les Pyrénées, et formateur pour Apiflordev : « Nos projets s'accompagnent d'une agroforesterie, c'est-à-dire que l'on essaie simultanément de planter des arbres et des arbres fruitiers. On l'intègre dans nos projets, donc on va amener des safoutiers ou des avocatiers en différentes essences qui leur permettront d'avoir des fleurs mellifères et aussi fructifères. On les sensibilise aussi à cette capacité de pollinisation par les abeilles. Grâce aux abeilles, les fleurs vont être plus visitées, seront mieux fécondées et vont donner de meilleurs fruits. On fait ce lien entre l'abeille et les arbres ».
Pour financer des tenues d'apiculture, le reboisement de parcelles ou bien l'achat de matériel de...
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Le centre Akwaba-Mousso, un accueil bienveillant pour femmes maltraitées à Abidjan
12/14/2025
À Abidjan, depuis 2023, il existe un centre Akwaba-Mousso qui accueille avec bienveillance les femmes et les enfants qui sont victimes de maltraitance, de violences, d’agressions sexuelles. Un refuge pour des femmes désemparées, mais aussi un lieu où l’on apprend à se reconstruire, à repartir dans la vie avec confiance et détermination.
Rediffusion du 9 juin 2025
C'est une des rares associations, peut-être même la seule de ce genre en Côte d'Ivoire, qui propose un centre d'accueil pour les femmes et leurs enfants victimes de violence, toutes formes de violences, au sein de la cellule familiale. Akwaba-Mousso : deux mots forts de signification pour Maureen Grisot, cofondatrice et directrice de l'association.
« Cela veut dire "Bienvenue à la femme" dans deux des langues principales de la Côte d'Ivoire, en langue akan et malinké ».
C'est lorsqu'elle était journaliste en Côte d'Ivoire que Maureen Grisot a constaté le dénuement dans lequel se trouvaient les femmes victimes de violences conjugales. Aussi, a-t-elle créé à Cocody avec d'autres associées ce centre qui prend soin des femmes maltraitées.
Bienvenue à la femme
« Il était fondamental de créer un centre dans lequel une femme ou un enfant qui a subi une violence peut trouver toutes les réponses dans un même endroit, gratuitement, sans avoir à affronter des jugements et des paroles malveillantes. Une fois qu'on a répondu à l'urgence liée à la violence, on s'est rendu compte que plus les femmes sont vulnérables économiquement, plus elles sont exposées aux violences ainsi que leurs enfants. Donc, il était fondamental d'avoir non seulement l'offre de juristes, d'assistants sociaux, de psychologues, de sages-femmes, mais aussi la mise en sécurité dans un foyer d'hébergement et de trouver des solutions pour qu'elles puissent sortir de ce foyer dans des conditions qui lui permettent de gérer sa famille comme elle l'entend et de ne plus retomber dans le cycle des violences. »
Au centre d'accueil, il y a une crèche et aussi un atelier de couture pour aider à la réinsertion professionnelle. Cette femme, qui souhaite rester anonyme, se félicite d'y avoir appris un métier et d'avoir surtout raccommodé un peu de son amour-propre : « Oui, ce centre a été pour moi très bénéfique. C'est très utile parce que je me dis que ce que j'ai appris aujourd'hui, je n'allais pas pouvoir le faire en étant hors de ce centre. Je suis contente parce que moi qui n'avais pas d'importance aux yeux des autres, aujourd'hui, grâce à Akwaba-Mousso, je sais que je suis importante parce que j'arrive à montrer ce que j'ai acquis à d’autres femmes… ».
Importante parce que je montre mes acquis à d'autres femmes
Nana Sylla Coulibaly, experte comptable et membre du Women Investment Club, conseille et accompagne ces femmes dans leurs projets de s'émanciper économiquement en construisant leur avenir professionnel.
« En fait, je suis très émue à chaque fois que je viens ici parce que je suis contente qu'elles ne soient pas réduites au fait qu'elles sont victimes de violences. Elle et moi, on n'a pas ce genre de discussion. On est vraiment très basé sur le business et ce sont des femmes qui ont des rêves, ce sont des femmes qui ont des compétences, ce sont des femmes qui ont envie de faire des choses et je leur apprends à vraiment se forger un mental d'entrepreneur pour vraiment passer à une étape supérieure de reconstruction. On a sélectionné quatre femmes parce qu'on en a eu un gentil bailleur, la fondation Vinci, qui a voulu mettre à disposition des fonds pour financer le lancement de leur business.
Ce sont vraiment des personnes formidables, déjà, parce qu'elles ont mis aussi en place un "mentorat" pour ces dames-là et ensuite parce qu’elles sont très impliquées et tout ce qu'elles veulent, c'est vraiment voir ces dames-là s'en sortir. Et devenir autonomes ! ».
Autre profil de femme secourue, cette quinquagénaire et son fils, battus par un mari violent, ont trouvé refuge à Akwaba-Mousso. « Vous savez,...
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Au Togo, les enseignants vont au devant des élèves handicapés
12/7/2025
Avec un programme d’éducation inclusif au Togo, l’ONG Handicap International réussit à démontrer que le handicap en milieu scolaire n’est pas une fatalité. Les formateurs éducatifs de l’ONG, en collaboration avec le ministère de l’Éducation, se donnent les moyens d’aller au devant des élèves et des familles pour que ces enfants puissent suivre une scolarité normale.
Rediffusion du 4 mai 2025.
Depuis trois ans, Handicap International a lancé dans la région des Savanes et de Kara dans le nord du Togo, un programme permettant aux jeunes handicapés de suivre une scolarité normale. Jusque-là, peu de moyens étaient mis à leur disposition, qu'ils soient sourds, aveugles ou déficients mentaux. Mais le premier obstacle à franchir était ailleurs : il s'agissait des parents qui souvent refusaient de scolariser leurs enfants par honte ou bien par manque de moyens.
Un enfant qu'on cache
« Le point de blocage premier, c'était vraiment le manque d'estime de soi, des enfants et jeunes handicapés et aussi des parents, explique Bénédicte Lare, responsable du programme. Pour eux, quand un enfant est handicapé, ce qu'il n’est bon à rien. Il ne peut pas être dans la communauté comme les autres. Il ne peut pas apprendre comme les autres et c'est un enfant qu'on cache. La pauvreté venait jouer aussi un rôle : le parent, quand il se retrouve avec deux ou trois enfants parmi lesquels il y a un enfant handicapé, va privilégier les enfants non handicapés parce qu’il est limité. Et le troisième critère, c'est qu'en fait, même si certains parents avaient la volonté d'envoyer leur enfant, les structures ordinaires et publiques n'étaient pas prêtes à accueillir les enfants handicapés, peu importe leur type de handicap ».
L'approche globale du programme permet donc de convaincre parents comme enfants d'aller à l'école, mais surtout de former des encadrants itinérants qui se déplacent de classe en classe en soutien scolaire. Notamment dans les écoles des villages moins favorisés.
« On fait un gros travail ici, dans la région des Savanes en matière d'éducation inclusive, pointe Yao Gbledjo, enseignant itinérant l'école primaire publique Bogou C dans cette zone venteuse des Savanes. D'abord, c'est grâce à eux (Handicap International, NDLR) que nous sommes devenus professeurs itinérants sur la base d'un concours. Nous étions déjà fonctionnaires sur le terrain quand ils ont lancé ce concours. On a participé, on a été retenus. Après ça, ils nous ont formés sur les différentes thématiques du handicap et après ils nous ont envoyés dans les écoles spécialisées pour des stages, pour pouvoir approfondir notre spécialité avec du matériel pédagogique adapté pour les écoles inclusives. Le même système de professeur itinérant existe aussi au niveau secondaire ».
Professeur itinérant au niveau secondaire
Non seulement ce programme forme les professeurs à la pédagogie liée au handicap, permet aux élèves de ne pas stagner à l'école, mais il redonne aussi à l'ensemble du groupe du lien. Un lien tissé par la scolarité. « Du coup, ce sont des enfants qui socialement sont épanouis, qui apprennent comme les autres, qui réussissent même mieux que les autres, confirme Bénédicte Lare. Kombena, par exemple, est toujours la première de sa classe depuis le primaire. Elle se fait respecter par les enfants non handicapés parce qu’elle maîtrise. Elle sait s’expliquer, elle sait répondre et elle sait motiver les autres à apprendre. La cohésion sociale est donc installée. Les parents des enfants handicapés sont aujourd'hui dans les réunions des associations des parents d'élèves. Il y en a qui prennent les responsabilités et qui ont leur mot à dire ».
Kombena est non voyante. Cette élève de seconde fait partie de ceux qui se sentent valorisés par ces programmes adaptés. « Nos professeurs nous ont bien encadrés, explique-t-elle. Depuis le primaire jusqu'au collège, j’ai étudié l'anglais, la philosophie, l'allemand ».
Depuis que ce programme scolaire d'intégration existe, il a...
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La start-up sénégalaise Ecobuilders transforme des pneus recyclés en atout pour les agriculteurs
12/1/2025
Comment faire en sorte pour les paysans sénégalais de ne plus perdre une partie de leurs récoltes, faute d’entrepôts ou de silos ? Une jeune ingénieur, Marie Ndieguene, s'est posée la question à Dakar et a trouvé une solution simple au sein de sa start-up Ecobuilders. Une solution de conservation qui permet simultanément de ne plus gâcher les pommes de terres ou les oignons récoltés et en plus de recycler des produits qui jusque-là polluaient la nature.
Vu de loin, c'est une case comme beaucoup d'autres à base d'argile et de torchis. Mais d'un peu plus près, on comprend qu'il s'agit d'une réserve de produits agricoles constitués de pneus recyclés, de plastique et d'un toit en roseau. Un système ventilé qui permet d'éviter la fermentation et donc le gâchis des récoltes d'oignons ou de pommes de terre au Sénégal. Une invention baptisée I3S pour « solutions innovantes d'espace de stockage ». Marie Ndieguene, ingénieure civile, a eu l'idée de créer cette solution lors d'un voyage d'étude dans la région de Kayar.
« Quand je suis allée à Kayar, je suis passée devant un tas de pommes de terre, une montagne de pommes de terre pourries. Je leur ai demandé : "Qu'est-ce qui se passe ici ? Pourquoi ces pommes de terre sont amoncelées en tas ici ? Pourquoi elles sont pourries ?" Et ils m'ont expliqué qu'il n'y avait pas de dispositifs de conservation. Comme tout le monde produisait au même moment de la pomme de terre à cette époque-là, ils se sont retrouvés avec un tas d’invendus qui avaient pourri au soleil. Pour moi, résoudre cette problématique, c'était permettre au Sénégal d'atteindre cette autosuffisance alimentaire, mais aussi de rendre un pouvoir d'agir aux agriculteurs parce qu’ils produisent à perte. Voir sa récolte pourrir – plus d’un tiers de leurs récoltes pourrissent en raison de cette problématique-là – c'est catastrophique. C'était un non-sens de voir que nous avions virtuellement atteint l'autosuffisance alimentaire à travers les chiffres de la production, mais qu'en réalité seulement un tiers de notre production globale atteignait les consommateurs ».
Autosuffisance et gâchis alimentaire
Aussi, Marine Ndieguene, au sein de sa start-up Ecobuilders, a eu l'idée de récupérer des pneus usagés et des sacs plastiques qui jonchent le sol dans les champs au Sénégal pour construire des hangars de stockage ventilés pour les cultivateurs.
« C'est un bâtiment en pneus et en matériaux recyclés qui a des murs et qui est circulaire. On s'est inspiré de l'architecture traditionnelle des cases. Les murs sont en matériaux recyclés à l'intérieur et à l'extérieur. Il y a une enveloppe thermique faite de terre. La toiture est isolée avec du thypha (une espèce de roseau, NDLR) et de la paille de typha. C'est un bâtiment qui a une capacité de 30 à 100 tonnes. Il est modulable et adaptable. Toute la structure est en matériaux recyclés ».
Cette solution a permis au groupement de maraîchers, dont fait partie Cheikh Gueye, de sauver leur récolte de pommes de terre jusqu'ici conservées en tas sous des arbres et un peu de paille.
« Tu as sauvé ma récolte »
« Sur cent tonnes, au bout de quatre mois, on a perdu moins de 100 kilos, alors qu'avant, on pouvait perdre presque une tonne ou plus. Cela nous a vraiment permis de conserver nos produits jusqu'à avoir un meilleur prix sur le marché puisque les prix sur le marché varient d'un jour à l'autre, selon les propositions des commerçants. Ce hangar nous a permis de stocker en attendant un meilleur prix. Il nous a également permis d'être un peu indépendants et de pouvoir fixer notre propre prix ».
Dans un contexte d’inflation galopante au Sénégal, Marine Ndieguene se félicite de l’amélioration pour les paysans. « Ma plus grande fierté, c'est d'avoir à ce jour aidé plus de 3 000 agriculteurs à travers le Sénégal, d'avoir pu sauver plus de 62 000 tonnes de pommes de terre, d'avoir créé 60 emplois directs et indirects et de recevoir chaque année au moment du stockage et du déstockage, les appels des...
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Phati, un petit clic pour trouver son médicament en pharmacie en RDC
11/28/2025
En RDC, si vous avez du mal à trouver vos médicaments dans une pharmacie, que vous craignez une rupture de stock ou que vous souhaitez pouvoir comparer les prix de tel ou tel traitement, Valorigo a une solution à vous proposer. Cette start-up fondée à Goma, il y a quatre ans, a mis au point l'application Phati, qui permet de trouver rapidement des médicaments et de les réserver à l'avance.
C'est parce qu'il en avait assez de courir les rues de Goma pour trouver un médicament contre ses quintes de toux que Daniel Makombe, 28 ans, ingénieur informatique, a eu l'idée de mettre au point une application : Phati, sur ordinateur ou bien sur smartphone, permet de cartographier en direct les pharmacies qui disposent tout de suite du sirop, des pilules, du traitement dont vous avez besoin.
« L'idée est née d'une expérience personnelle, se souvient le créateur de cette start-up congolaise. Chaque fois que j'avais besoin d'un médicament, il fallait que je puisse parcourir plusieurs pharmacies avant d'en trouver une qui en disposait. C'est vraiment stressant. Alors, je me suis dit qu'il y avait vraiment une opportunité pour digitaliser le secteur et résoudre ce grand challenge. On a commencé à Goma. Si vous cherchez par exemple du paracétamol, il suffit d'aller sur notre site et vous tapez le nom du médicament. Et le site va vous afficher toutes les pharmacies qui l'ont en stock, ainsi que le prix et l'adresse de ces pharmacies. Alors, vous n'avez qu'à cliquer sur "Réserver". Le système va vous générer un code de réservation que vous aurez à présenter dans la pharmacie afin d'être servi. Le paiement du médicament et la collecte, ça se passe en pharmacie. »
Code de réservation et achat sur place
De l'e-commerce pharmaceutique adapté aux réalités des stocks de médicaments de RDC. L'autre avantage de cette application Phati est de faciliter le travail des pharmaciens lors des inventaires, puisque les produits vendus sont scannés et donc déduits automatiquement des réserves, selon Daniel Makombe.
« Il y a également des pharmacies qui sont d'ailleurs nos clients payants. Elles sont également très satisfaites parce que Phati leur permet non seulement d'attirer beaucoup plus de trafic dans leur pharmacie, mais surtout aussi de digitaliser les opérations quotidiennes. Et donc le suivi des stocks, celui des ventes et de la trésorerie. Tout cela se fait à travers cet outil », détaille-t-il.
Après Goma et Beni, où la solution a été adoptée par 700 pharmacies, la start-up Valorigo, qui a conçu l'application, s'est installée au Katanga.
Philippe Bassémé, chargé de la gestion-facturation à la pharmacie Horizon de Lubumbashi, est plutôt convaincu par cette solution digitale : « Cet outil permet de digitaliser toute notre gestion, notamment des stocks, la facturation. Autrefois, nous faisions tout dans un grand cahier avec un stylo. Mais depuis qu'ils sont arrivés, c'est trop rapide. L'inventaire est trop facile. »
Inventaire trop facile
La société de Daniel Makombe est née sur fonds propres, puis a vite reçu l'appui de la Fondation Bill et Melinda Gates, ainsi que celui du Fonds de soutien aux start-up Digital Africa, dont Sami Hajimi est l'un des responsables développement.
« On s'est rendu compte qu'il répondait à une vraie problématique. En RDC, il y a énormément de pharmacies. Beaucoup sont même illégales. Et donc, Phati est parti du postulat de collaborer seulement avec les pharmaciens qui sont référencés par l'ordre national et de répondre à une problématique qui est assez chronique en RDC : celle de trouver des médicaments, et surtout à un prix abordable. Daniel nous expliquait que d'une pharmacie à l'autre, un médicament peut valoir deux fois plus cher », explique-t-il.
Après Goma, Beni et – depuis quelques semaines – Lubumbashi, le prochain but de cette start-up congolaise sera de s'implanter sur le marché des pharmacies à Kinshasa.
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La Semaine de l'Afrique des Solutions
11/12/2025
Les 24 et 25 octobre 2025 s’est tenue à Paris la « Semaine de l’Afrique des Solutions ». Troisième rendez-vous du genre en trois ans qui est une sorte de laboratoire d’idées et de projets concrets mis en œuvre en Afrique. La SAS, c’est une semaine résolument optimiste faite de tables rondes, d’exposants, de débats et de pitchs de jeunes entrepreneurs africains ou de la diaspora en France qui veulent voir le continent sous un autre jour.
Dans la salle de gala de la mairie du 16ᵉ arrondissement de Paris, on discute - non pas des problèmes de l'Afrique - mais plutôt d'une Afrique des solutions. 48 h de réunions, d'entretiens, d'exposants et de débats pour cette troisième édition de la Semaine de l'Afrique des solutions. Il s’agit d’une assemblée de porteurs de projets pour un continent qui se veut résolument optimiste, mis en avant par des journalistes comme Léonce Houngbadji, journaliste béninois. Il est également l'organisateur de ces rencontres.
« Nous sommes partis d'un constat simple qui est qu’il y a beaucoup de plateformes autour des problématiques sur l'Afrique. Chaque jour, il y a une conférence, un sommet, un colloque, un salon sur l'Afrique. Et la plupart du temps, quand vous avez la possibilité de participer à ce genre d'événements, vous allez constater qu'on ne parle que de problèmes. Comme si en Afrique, il n'y a que des défis, il n'y avait que des problèmes. C'est vrai qu'on a des défis en Afrique, il faut le reconnaître, mais pas que... À côté des problèmes, il y a aussi des choses qui marchent en Afrique. Vous avez aujourd'hui des Africains qui créent des drones agricoles, des mallettes médicales, des bornes de télémédecine, des voitures à hydrogène, des objets connectés. Il y a énormément de solutions qui sont de plus en plus développées par des Africains qui apportent des réponses concrètes et concluantes à certaines de nos problématiques sociales, sociétales, écologiques et autres. Mais on n'en parle pas ou on en parle très peu. Et nous, avons décidé d'utiliser le "journalisme de solution" pour raconter l'Afrique autrement, pour faire émerger de nouveaux récits positifs et inspirants qui donnent à voir une autre Afrique. Pour dire : "Oui, il y a des problèmes, mais il faut aller au-delà de ces problèmes-là" », explique Léonce Houngbadji.
Aller au-delà des problèmes
Loin de toute candeur ou naïveté, Youssouf Camara, directeur de la Maison de l'Afrique, présent à ces rencontres, estime que cette volonté de présenter le continent sous un jour positif est pertinente.
« Non seulement c'est pertinent, mais je pense que c'est indispensable. Parce que cette Afrique qui est racontée à travers ses problèmes, masque une Afrique qui avance, qui a malgré tout des solutions à des situations auxquelles sont confrontées les populations. Et ces situations-là ne sont pas connues. Donc, une Semaine comme celle-ci permet d'agréger un certain nombre de solutions. Ici, on va voir défiler sur 48 h plus d'une centaine de solutions concrètes. À partir du numérique, de la santé, du financement... Donc, il est important que les Africaines et les Africains entendent que dans ce continent, il y a des solutions réelles qui sont mises en place et qui fonctionnent. Ces diasporas sont un peu éparses, donc c'est bien qu'elles puissent se réunir pour regarder ce qu'elles peuvent faire ensemble et être ce pilier qui, au-delà des fonds qu'elles envoient en Afrique, amène également des solutions concrètes pour se mettre en œuvre », précise Youssouf Camara.
La diaspora africaine a toute sa part à jouer dans une Afrique des solutions. C'est ainsi que Peggy Boédé, aide-soignante ivoirienne dans différents hôpitaux parisiens, a décidé de mettre à profit son expérience en créant Kéa Stérilisation, une société spécialisée dans la stérilisation des instruments chirurgicaux.
« J'ai décidé de créer mon entreprise, il y a bientôt cinq ans, parce qu'un membre de ma famille a contracté une infection nosocomiale, ici, aux urgences, dans un hôpital...
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À Abidjan, le Masa Lab' pépinière à jeunes talents
11/9/2025
L’Afrique en marche à Abidjan où depuis six mois des artistes de différents domaines (musique, théâtre, danse) travaillent dur dans le cadre du Masa Lab’. Le Marché des Arts du Spectacle d'Abidjan - en dehors de son rendez-vous biannuel - a mis en place un incubateur permettant à cinq artistes de se perfectionner dans leur art et surtout de se professionnaliser pour mieux gérer leur carrière…
Rediffusion du 27 avril 2025.
Derrière la porte du Yelam’s, une salle de concert au quartier Treicheville, répètent la chanteuse Ablaa et ses trois musiciens. Tous sont là pour un travail de résidence afin de se perfectionner sur scène.
Jeune révélation baoulé de la musique ivoirienne, Reine Ablaa s'est fait connaitre par les réseaux sociaux. Pas spécialement de formation musicale à la base, d'où l'importance pour elle de travailler avec cet incubateur, le Masa Lab’ avec un coach expérimenté, le chanteur camerounais Blik Bassi. « On nous "incube" pendant un an, on a droit à des jours de répétition pour venir travailler sur le spectacle. On apprécie le fait d'apprendre de professionnels, de mentors, le fait d'apprendre même de ces musiciens et de recevoir aussi des formations qui sont faites au Masa Lab’ où des gens viennent nous former sur des thèmes de l'industrie, comme la façon de lire et signer un contrat. Comment développer sa carrière musicale ? Quelles sont les différents enjeux pour chaque artiste en fonction de si vous travaillez en label, si vous travaillez avec des majors. On vous fait comprendre en fait l'industrie. Une vision 360 degrés et c'est ce qui est très intéressant aussi », se félicite ce jeune espoir de la musique ivoirienne.
Une vision artistique à 360°
Un apprentissage, un outillage adapté qu’a conçu Abou Kamaté, le directeur général du Masa. Il est à l'origine de ce projet d'incubation des artistes ivoiriens. « Notre constat est que les artistes ont encore besoin d'un accompagnement pour mieux se structurer, pour mieux se professionnaliser et être en capacité de proposer des produits qui peuvent se jouer localement, mais aussi sur le marché international. Et donc le Masa Lab’, c'est un projet qui accompagne certes les artistes, mais aussi tous les métiers qui gravitent autour de la création artistique. Nous "incubons" certains artistes, mais aussi le manager, le chargé administratif, le chargé de communication. Il faut vraiment travailler sur cette question de professionnalisation, sur cette question de structuration, parce que c'est un business et il faut que les artistes puissent vivre de leur art pour cela. Ils ne peuvent pas juste compter sur leur talent, ils doivent aussi être de vrais entrepreneurs et c'est ça l'ambition du Masa Lab’ ».
Ils ne peuvent pas juste compter sur leur talent
Dans une autre salle de théâtre à Abidjan, Souleymane Sow, metteur en scène, répète et peaufine une pièce d'Edouard Elvis Bvouma, Une poupée barbue avec la comédienne Oga Kamouni. « Kamouni, affirme Souleymane Sow, c'est une comédienne qui est à l'écoute. Elle sort d'une école de théâtre. Je pense qu'elle a tout ce qu'il y a comme élément qu'une comédienne doit avoir. Je pense que dans le cadre de ce travail-là, on a un texte qui a une résonance. Donc à partir de cette résonance, on essaie de vraiment travailler. Les différents souffles, les différentes prononciations, donc on est vraiment dans un travail de recherche. Sur des matériaux, au niveau du plateau, en termes de corps, au niveau des tons, des voix et tout ça, on travaille aussi les différentes ponctuations qui sont dans le texte ».
À l’écoute à ses côtés, Oga Kamouni, jeune comédienne sortie de l’Insaac mesure sa chance d’être intégrée au Masa Lab’. « Disons que le Masa Lab', c'est une belle occasion qui est faite aux artistes. C'est une opportunité pour nous de montrer nos talents et puis surtout de faire la rencontre de grands professionnels. Par exemple, Monsieur Sow, c'est un grand metteur en scène ici qu'on connaît très bien. Tout le monde rêve de...
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Mauritanie: réhabilitation des systèmes d'eau à Kiffa
10/19/2025
Lorsque deux villes de l’hémisphère nord et de l’hémisphère sud travaillent ensemble, cela donne des résultats pour le bien-être des populations. En l’occurrence, la métropole de Montpellier, dans le sud de la France, participe à un programme de réhabilitation du système de fourniture en eau potable de la ville de Kiffa, dans le sud de la Mauritanie. La problématique de l’eau, à des degrés différents, est commune aux deux villes. Et ensemble, elles trouvent financements et solutions techniques.
La subvention Ficol (Facilité de financement des collectivités territoriales) est une sorte de jumelage technico-financier entre deux villes qui ont l'une des problèmes et l'autre des solutions. En l'occurrence, le maire de Kiffa en Mauritanie, Jemal Keboud, se doit de fournir à ses 80 000 habitants de l'eau potable. 22 000 d'entre eux, en périphérie de cette ville du sud mauritanien, n'ont accès qu'à des bornes-fontaines disposées dans les quartiers les plus reculés. Des points d'eau qui ont besoin d'être réhabilités ou pour certains même construits.
« Chaque individu, qu'il soit en Mauritanie ou à Nouakchott, a besoin d'eau au quotidien. L'eau est vitale. Mon but, en tant que maire, en tant qu'élu, est de donner l'eau à mes citoyens sept jours sur sept. Et le projet a déjà réhabilité cinq fontaines qui sont fonctionnelles depuis une année presque et cinq autres sont encore en cours de réhabilitation. Et on envisage de réhabiliter d'autres et même d'installer de nouvelles bornes-fontaines avec l'appui de la métropole. Vraiment, ça a énormément changé le visage des quartiers qui abritent ces bornes-fontaines », précise Jemal Keboud rencontré à Montpellier lors de la Biennale Euro-Africa.
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« Des projets qui rendent collectivement fiers les citoyens français »
Ces constructions ou réhabilitations des bornes-fontaines coûtent 1 600 000 euros. Un projet financé pour plus de la moitié par l'Agence française de développement dans le cadre de cette subvention Ficol, Romain Reguler, responsable de la division territoire et entreprise à l'AFD : « Nous fonctionnons sur la base d'un appel à idées qu'on publie une fois par an, et on invite toutes les collectivités territoriales françaises à soumettre des projets de coopération décentralisée sur tous les secteurs possibles. Le seul critère étant que la collectivité puisse apporter une solution de financement de 20%. Notre instrument finance maximum 80% du plan de financement du projet. Et puis, il faut trouver un partenaire collectivités territoriales d'un des pays d'intervention de l'AFD, mais tous les secteurs sont concernés et toutes les géographies d'intervention de l'AFD peuvent en bénéficier. Ça participe aussi au rayonnement international de nos collectivités. Ça participe aussi à la diffusion de l'expertise française qui existe dans nos territoires. Et je crois que ce sont des projets qui rendent collectivement fiers les citoyens français qui sont véritablement acteurs de ces projets de solidarité internationale. »
Une coopération avec « beaucoup de réciprocité »
Fière de ce projet en cours, Clare Hart est la vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole en charge de la coopération avec la ville de Kiffa. L'envoi de techniciens et d'ingénieurs montpelliérains en Mauritanie devrait permettre d'augmenter la fourniture en eau de plus de 3 000 m3 par jour : « Il y a beaucoup de réciprocité dans ces projets et on apprend comment fonctionner dans une situation où on est en pénurie. On est dans la Méditerranée, nous sommes un spot méditerranéen, on est de plus en plus en constriction et donc on apprend beaucoup de nos partenaires au sud pour justement mettre en place des dispositifs ici. Et là, sur Kiffa, on travaille sur une situation très spécifique à cette zone-là. C'est la fameuse corvée d'eau. C'est ce qui empêche les femmes de pouvoir envoyer leurs filles à l'école. Donc, c'est un...
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